Samedi 19 juillet 2008

Curieuse sensation que celle qui débarque au moment le plus inopportun, au milieu d’un bonheur tranquille, durant une promenade en terres étrangères, à la table de famille ou dans le silence de la maison. Elle ne s’annonce pas, nous envahit pour un jour, s’installer et devenir une seconde peau. Nul salut pour nous qui en avons fait une religion bien malgré nous. Ce n’est plus une sensation éphémère et simplement irrationnelle, elle nous submerge de son angoissante omniprésence et impose sa dictature à nos pensées et à nos actions. Nous serrer le cœur à le faire exploser de temps à autre ne lui suffit pas. Fleur vénéneuse, elle nous inocule son venin dans une exsanguino-perfusion insidieuse, échangeant en nous l’estime de soi par la terrible évidence que nous sommes …

la femme en trop ….

 

En trop ou de trop … Le choix de la préposition importe peu puisque nous ne sommes qu’excédent, jusqu’à devoir impérativement s’effacer, disparaître. Nous perdons la qualité de la surabondance pour n’être plus que l’origine des nuisances qui touchent ceux qui nous entourent, pervertissant leur atmosphère et réduisant leurs chances de succès à néant. Nous ne sommes plus la manière ou l’action, nous ne sommes que la cause, occupantes saugrenues d’un espace dont nous restons à tout jamais l’étrangère à chasser. Nous sommes l’avion qui tombe, le train qui déraille, la guerre qui détruit, le feu qui ravage. Au terme de cette longue descente aux enfers, ce n’est pas la mélancolie poétique qui nous attend, c’est la négation d’être intrinsèquement humaines, le renoncement à nos rêves, le reniement de nos croyances … la perte irrémédiable de la perception d’exister.

Passantes silencieuses de nos propres vies, nous errons d’un univers à l’autre, tentant parfois d’exprimer ce « trop » qui nous ronge, tâtonnant à trouver  le pourquoi de ce comment incompréhensible. Jusqu’au jour où dans la fulgurance d’un éclair, un nouvel adverbe naît des cendres. Il émerge dans la lumière et c’est la sortie du tunnel. Une main invisible déchire les nuages et dessine sous nos yeux d’abord incrédules, le signe de l’addition. Encore ralenties par la peur que ce ne soit qu’un mauvais tour de notre destin, méfiantes face à ce qui pourrait n’être qu’un mirage, nous avançons pourtant pas à pas sur le chemin qui mène à devenir grande, degré supérieur. A être le davantage, le tant, l’extrêmement. L’espoir formidable de la prescience d’être l’amélioration et le progrès est là, tangible, à portée de nos doigts gourds d’avoir si peu saisi. Ce jour-là, nous émergeons d’un long sommeil, nos efforts de réflexion récompensés, nos nuits de doute illuminées, nos mains ouvertes à la vie et au don. Nous sommes désormais toutes entières dans ce que nous faisons. Tout notre être se réveille enfin à la certitude d’être devenues …

 

la femme en plus ….

 

 

Vendredi 9 mai 2008

Tout d'abord, la recette des rideaux forestiers ...

Prenez une amie qui n’a peur ni du ridicule, ni de salir sa bagnole. Passez en sa compagnie des heures apaisantes à vous promener dans les bois à ramasser les branches qui vous plaisent. N’allez pas bêtement les couper, il y en a suffisamment par terre et n’oubliez pas que vos enfants aimeront peut-être faire les mêmes conneries que vous … Ignorez les sarcasmes et de retour chez vous, prenez le temps de traiter votre bois comme il le mérite. C’est une matière vivante qui demande à être bien nourrie pour être belle. Finissez au pinceau avec un fond de cire. De la bonne, celle des antiquaires et incolore tant qu’à faire, pas la peine de ramasser du pin si c’est pour le déguiser en chêne …  

Quand c’est sec, posez-les sur des gonds en laiton vieilli ou blanc doré ou comme vous voulez et accrochez vos rideaux. Comment ? A vous de voir. La déco, c’est comme la cuisine, question de tour de main. Pour une fenêtre, j’ai cousu des petits bouts de satin qui traînaient dans ma boîte à couture et pour la porte du salon, je les ai drapés autour de la branche …

Au final, vous aurez passé un week-end superbe à vous oxygéner en compagnie d’une amie, une journée à bricoler en écoutant de la musique et vous aurez ajouté de l’âme à votre intérieur. Profitez-en pour crâner devant vos potes écolos qui se fournissent en barres impersonnelles au Gifi du coin. Ah, pour ça, vous aurez dépensé la somme astronomique de 2.20 € la paire de gonds … étonnant non comme les choses simples sont celles qui nous procurent le plus de bonheur …

NDLR : Le truc qui pend, c'est du pain de singe. Pour en trouver, il faut aller en Afrique et ça, ça pourrait plomber très nettement le budget rideaux ...





Maintenant, le luminaire branchu

Pendant le même week-end génial avec votre amie, vous avez donc ramassé des branches. Puis, sur le bord de la rocade, les arbres ont été élagués. Pas des pins, sans doute des ... heuuu ... arbres (hé ! je suis pas pépiniériste). Vous n'avez pas résisté à vous arrêter en prendre. Elles sont différentes. Des branches plus feuillues que celles du pin, qui lui a des branches aiguillues. Alors vous cirez les aiguillues et vous passez les feuillues en blanc et en vert ... ou en d'autres couleurs, si vous n'aimez pas le vert. Au milieu, un porte pot rigolo qui s'ennuie dans un coin et hopopop ... on ficelle le tout au filin fin d'acier. Les moins quiches y arriveront du premier coup. Les autres font comme moi et remercient Dieu de leur avoir donné des pieds. Ca sert les pieds, quand on a les mains occupées. Bref, le bazar maléfique finit par tenir. On le pose dans un vieux cache-pot en osier (pas de regret, il fuyait). Une guirlande de Noël qu'on a oublié de ranger avec les autres, des coquillages et des cailloux pour caler le tout au pied, un pot de résinier avec un lierre dedans et voilàààààà .... Par contre, ça m'a coûté plus cher que les tringles-branches ... 5.95 € le filin fin d'acier. Il faut parfois savoir faire des sacrifices ...

Entre mes tringles-forestières et mon luminaire-branchu, plus kitsch que mon salon c'est pas possible. Sauf si je m'achète un tabouret orange fluo ...

Si vous croisez la blonde qui nous fait croire qu'on est tous des débiles avec nos intérieurs pas marouflés, dites-lui que si elle me pique mes idées sans rien dire, je lui fais bouffer les tringles, le luminaire et la prise multiple. Ca n'arrangera pas son physique mais le temps qu'elle digère, ça nous fera des vacances ...

 

 

 

Samedi 26 avril 2008

Cours après moi que je t’attrape … fines mouches qu’ils étaient nos vieux. Rabâcheuse invertébrée, j’ai très envie d’en remettre une couche. Par la même occasion, j’assouvirai peut-être aussi ma méchanceté latente. A moins que cela ne soit que de l’ironie ou du désabusement. Je laisse le soin à ceux qui ne confondent pas de faire le tri.

A regarder la vie et ceux qui en bénéficient, je me demande après qui ils courent. Ou après quoi … Le pognon ? Y’en a plus ou si peu que ça ne vaut franchement plus le coup d’y  perdre son souffle. Le boulot ? … oui pour ceux qui en ont encore, mieux vaut s’y accrocher. P’tête bien après l’amour alors ? Fichtre ! Causons-en avant que cela ne devienne une grossièreté. Mais n’est-ce pas déjà le cas ! Si, comme le proposait Desproges, ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent, la fermaient, le monde merveilleux du blogcosmos pèserait moins lourd. Remarquez combien rares sont les plumes capables d’imaginer une histoire d’amour et de la livrer sans que nous pensions une minute qu’ils ne l’ont pas vécue. Pour beaucoup … maalheeuurrr !!! Ils s’éparpillent  aux 4 coins de la toile, ramassent ça et là des expressions, des images, les amalgament approximativement, oublient de se relire et balancent la purée en espérant que leurs espaces dégoulineront bientôt de commentaires évanescents et dithyrambiques (non, ce n’est pas antinomique !).  Oh pour dégouliner, ça dégouline ! Si c’est après ça qu’ils courent, inutile d’aller bien loin ni bien vite pour être rattrapé. Dans ce domaine, on n’a souvent que les lecteurs qu’on mérite. Encore que ça dégouline aussi sur les textes de qualité. Quand un des lecteurs sus-évoqués s’égarent sur des terres mieux cultivées, quelque chose en eux vibre. Toy oublié ou subite lucidité séparant le bon grain de l’ivraie ? Toujours est-il qu’ils s’accrochent alors comme les morpions sur le bas-clergé moyenâgeux.  Pas que cela pose problème au blogueur estampillé Qualité. Le narcissisme (qui est en nous tous) est flatté, comme le bon chien quand il ramène sa balle.

Ce qui m’titille là dedans, c’est qu’un lecteur en cachant souvent un autre pas nécessairement d’aussi bonne facture, c’est la pandémie galopante qui s’instaure. Les coureurs d’après qui ou quoi pensent avoir trouvé là matière à s’asseoir. Et ils s’installent, comme ils le feraient dans votre salon, posant leurs pieds sur la table, remplissant l’espace de leurs avis sur tout, l’ouvrant quand on espère qu’ils vont enfin la fermer … Ces ôte-toi de là que je m’y mette font tant de bruit que si le proprio n’y prend pas garde, ses vieux potes finissent par devenir silencieux avant que de s’absenter définitivement. Et alors me direz-vous, rien ne les y oblige. Certes ... Voyez-vous, lorsque je suis invitée, je ne m’autorise pas à dicter une quelconque conduite à des convives qui ne sont pas les miens et j’applique aux blogs (ceux des autres) ce précepte qui me paraît être signe de savoir-vivre. Et alloooorrss … t’en fais quoi de la liberté d’expression ? Y z’ont bien le droit de parler non ? … Tout à fait d’accord. Voilà une liberté que je leur accorde tant elle ne vaut plus grand-chose non plus aujourd’hui. C’est un peu comme le coup de la peinture … faire du bruit, c’est fastoche, parler c’est plus difficile. Je comprends pleinement leur besoin vital d’exister, fut-ce au prix d’une relation qu’ils parasitent. Je laisse à mon hôte un choix qui lui incombe et si nous ne disposons pas d’un ailleurs à l’écart de la meute, alors nos chemins se sépareront-ils. Comme ils le feraient dans la « vraie » vie …

Avec tout ça, je crois que je me suis un peu égarée sur le fil de mes pensées … C’est un fichu défaut qu’il faudrait que je corrige mais je doute de pouvoir changer mes fondamentaux à mon âge. Surtout lorsqu’ils ne me dérangent pas … Le soleil est là et depuis hier, j’ai comme une grande chaleur qui s’est annoncée. Une de celles qui vous font la vie plus belle et les journées radieuses. Autant que je profite de cette douceur inattendue. Profitez aussi … le ciel est bleu, l’eau mouille et demain est un autre jour.

Mercredi 23 avril 2008

Je meurs d’envie de faire mal bien que je sache que cela ne me fera aucun bien. Encore que … dire du bien, ça ne fait pas de mal, je suis bien d’accord. Mais parfois, dire du mal, p’tain que ça fait du bien !!! Notez que je ne culpabilise pas un poil. Que celui qui n’a jamais … quand je dis jamais, c’est vraiment jamais … eu envie de faire mal se précipite en psychiatrie se faire examiner l’intérieur. Il y a des chances pour qu’il soit plus atteint que moi qui manie le scalpel de temps à autre.  

Pour assouvir ce besoin, j’ai commencé par jeter des frites crues dans de l’huile bouillante. Comment elles ont grillé les pataaateeees !!! … Je n’ai pas allumé la radio, ni la tévé. Non mèche … vais pas me laisser emmerder par les médias !!! J’avais envie d’un ti’punch, mais je me suis répondu que je n’avais pas envie de me le servir … Oh c’est bon, chui pas la bonne ! J’ai un voisin qui a sonné pour venir jouer au scrabble. J’ai pô ouvert. D’abord, il est petit et ouvrier. Je suis grande, agent de maîtrise et je ne me mélange pas. Comment ça salope ?!!! … C’est lui qui passe son temps à pleurer qu’il est petit et ouvrier, alors qu’il assume ou qu’il change de discours. De toutes les façons, je lui aurais piqué tous les triples et il serait reparti encore plus complexé. Finalement, je lui ai rendu service. Puisque j’en étais à faire du social, à une rigolote qui se souvenait de mon e-mail, j’ai répondu qu’il y avait d’excellents charters pour la Grèce et pour finir, à une greluche qui rêve d’être moi au point de m’envier mon cancer mentholé (y’a des cons moi j’vous l’dis !!!), j’ai écrit que la place était libre et que je lui souhaitais bien du plaisir, ce qu’elle aura peut-être, mais aussi bien du malheur, ce qu’elle aura sûrement.

Môôvèèèèèèzze heiinnn ? … et encore, j’ai joué petit bras. J’avais envie d’écrire d’un humour grinçant, des mots cinglants et des phrases qui dérangent. De ces textes nés d’un calme terrible, d’une lucidité mordante et sous couvert d’ironie, découper vif le faux naïf qui s’est aventuré sur mes terres. Mais écrire ainsi épuise sans rasséréner. En fait, je ne suis pas vraiment méchante. Alors, je sais bien que la mélancolie étalée à longueur de post vous lasse (elle ne m’enchante pas non plus) mais au moins, elle ne fait de mal à personne.  Ne râlez pas si je vous en colle encore un peu, vous avez toujours le loisir d’aller lire ailleurs alors qu’il faut que je fasse avec tous les jours ... Prenez patience et puisqu’il paraît que le soleil fait du bien, vous n’en avez plus pour longtemps à souffrir. 

Pensez, avec tous ceux qui me répètent que ça va passer, il faudrait que je sois une foutue garce pour faire durer … oui … pourvou que ça ne doure pas … Néanmoins (et les oreilles en plus), je remercie ceux qui me conseillent de prendre des vacances (je n’y aurais certes pas pensé toute seule). Histoire de faire mentir le dicton qui prétend que les conseilleurs ne sont pas les payeurs, toutes leurs subventions aux couleurs de la banque de France seront les bienvenues.


Vendredi 18 avril 2008

Page blanche que mes mots enluminent. Au bout de mes doigts, une menthol se cendre et sur le bois de ma table, l’ombre d’un café fume. Compagnons fidèles, ils s’accommodent de mes pensées noirâtres. Dans le désert de ma tête, la journée s’allonge et la lumière éclaire le bureau des mots perdus. Qu’importe si mes pages assassinées ont effacé les lettres du clavier, mes empreintes resteront à tout jamais gravées dans sa peau.

Au fil du temps, j’ai brodé un cœur poignardé. D’un trait de plume, j’ai tiré des flèches empoisonnées à finir le poème, à tuer la violence, à embraser le soleil couchant. Je n’écoute plus la musique … je suis en dedans.  Arc-boutée sur un dernier espoir, je veux vivre dans le rire des enfants, dans le bruit de l’eau, dans le chant d’un geste d’amour. Je vole au secours de mon esprit en déséquilibre et le redresse d’un coup de noire pointée.

Arrière les ombres ! Vade retro les souffles humains qui hantent les trottoirs marchands aux âmes vides ! Du fond de ma tombe, je crache sur ces visages fardés dissimulant des nuits sans joie. Je ris de ces envies au goût d’argent qui s’étalent en strass vulgaire sur des appâts rances. Sortez vos morts criait-il mais regarde … ils sont déjà dehors, marchant sans but, heurtant de faux semblants des histoires qu’ils volent.

Je jette mes rêves aux faces masquées et aux rues désertes. Je me lave des retombées de poussière avec une pluie d’étoiles. Je l’ai écrit. Je le vis. Je les vois sans les regarder. Je les entends sans les écouter. Je suis au milieu de la meute mais je ne lui appartiens pas. Dans un moment de parenthèse, je me suis rangée entre guillemets. Je range trop bien les choses … je ne me trouve plus …

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L'ombre gagne ... "Nous sommes de ceux qui disent non à l'ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi. Que la terre a besoin de n'importe lesquels d'entre ses fils. Les plus humbles. L'ombre gagne... Ah ! tout l'espoir n'est pas de trop pour regarder le siècle en face !"  Aimé Césaire

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Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


LIVRE D'OR 

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