Dimanche 27 avril 2008

Sans doute une transition … une période charnière comme toute vie en comporte … je ne parle pas forcément de moments lourds de questionnement existentialiste … juste l’impression que quelque chose change, qu’une modification infime mais significative de l’air a eu lieu et qu’il faut en tenir compte. On ne sait pas où tout cela va nous mener, le destin nous échappe et notre avenir, jadis si clair, se floute. Il n’y a encore qu’un frémissement … un je-ne-sais-quoi  d’indéfinissable qui s’insinue en nous … qui nous oblige à porter un regard différent sur ceux (et ce) qui nous entourent.

Est-ce la vie qui se rappelle à nous de bizarre manière ? Possible … Elle est facétieuse, la vie … A nous balader d’autoroutes en chemins vicinaux … à nous laisser croire en un long fleuve tranquille pour un soir, devenir torrent tumultueux … Il ne faut jamais négliger un souffle de vent qui enfle les rideaux. Annonciateur de bien-être ou d’orage, quelque soit le signe que l’on décide de reconnaître, il faut être à l’écoute. Prêt à assumer ses convictions, à revenir sur ses certitudes, à faire de nouveaux choix, même les plus douloureux.

Depuis quelques temps, une sensation s’incruste, de plus en plus forte. Celle d’être passée au travers de nombreuses épreuves, de l’avoir échappé belle  et de ne plus être reconnaissante.  De monter dans un train dont on ne veut pas me laisser descendre, de me contenter de regarder la vie par la fenêtre et de laisser filer le temps dangereusement vite … Et une petite phrase qui me martèle : « Tout ça pour … ça ?!!! » …

Ce blog n’est pas ma vie. Il n’est qu’un iota de ce qu’elle est, la facette virtuelle d’une réalité bien plus vaste. Qu’importe ce que j’y écris et ce que vous en lisez, il n’est qu’une parcelle infinitésimale de ce qu’il reste à découvrir. De ces moments dont vous ne verrez rien parce qu’ils sont à vivre, d’abord et avant tout. La vie est une maîtresse possessive et le virtuel doit accepter les limites qu’elle lui fixe. Celle de n’être que spectateur. Un rôle pour certains malaisé mais auquel il leur faut bien se confiner, s’il leur manque la volonté de passer de l’autre côté du miroir … ce côté d’une Femme-Lionne faite de chair et de sang, de rires et de pleurs, de doutes et de certitudes, rouge violent ou blanc laiteux … ce côté vivant et réel dans lequel j’existe pleinement et dont cet espace ne sera jamais qu’un reflet intermittent.

Lundi 14 avril 2008

Je suis ce qu’on appelle une personne vaillante (y'a pas plus travailleur qu’un fainéant qui se met au boulot disaient mon Papi de moâ). J’aime travailler, que voulez-vous, on ne se refait pas … aucun boulot ne me rechigne, même pas les plus ingrats ou les moins valorisants, dure à la peine et exigeante avec moi-même alors que je ne suis en fait qu’une nonchalante dilettante. Là où je me répands en hilarité (ou en grossièreté, en ce moment), c’est lorsque j’entends le Nain nous promettre de gagner plus en bossant plus. Ooohhh le niais, l’immature … non : le vicelard à la botte du pognon …. Ce qui me sauve, c’est l’idée que le pognon n’est pas une fin en soi. Bosser tout court, c’est déjà un luxe. Faire ce qu’on aime, c’est le pied alors comprenez que vivre décemment en faisant de qu’on aime, c’est carrément le nirvana. Le paradis artificiel du moyen pauvre si vous voyez ce que je veux dire …

Je m’en vais vous raconter une expérience professionnelle pour laquelle j’ai payé le prix fort alors même que j’acceptais le normalement inacceptable. Au commencement, il y eut une annonce de l’ANPE. Que du classique. Avoir un emploi n’empêche pas de rester en veille, histoire de garder une idée du prix de la viande, ou parce qu’on ne peut saisir une opportunité que si on la voit passer. Cette annonce était particulière parce qu’elle offrait une mission administrative de courte durée en Afrique. Ce genre de poste est rarissime. Pour ces jobs, en général, les entreprises privées recrutent local. Ca leur permet de rémunérer des clopinettes un autochtone (qui peut être un blanc-blanc) qui la fermera, tout content d’être moins pauvre que les pauvres et qu’on videra sans vergogne et surtout sans formalité, le moment venu.

Cette offre avait donc toutes les chances d’attirer mon attention. 6 mois, ça permet de se contenter d’un congé sabbatique et si ça ne colle pas, on réintègre. Prise de risque minimum. Pour ceux qui n’ont jamais vécu en expatriation, ça donne une chance de se replier si l’expérience s’avère trop douloureuse. Ne riez pas. S’expatrier n’est pas aussi aisé qu’il y paraît et il faudrait que ceux qui jalousent ceux qui partent le comprennent. L’organisation d’une base de repli, lorsque c’est possible, la coupure d’avec nos valeurs, y compris celles qu’on supporte le moins, l’éloignement d’avec la famille et les amis … toutes choses qu’il ne faut pas prendre à la légère. Quand le spleen vous attrape et que le besoin urge d’entendre une voix amie, je peux vous jurer que les notes de téléphone vous ramènent vite à la réalité qui n’est pas faite de palmiers, de sable fin et de farniente …

Pour ma part, je connaissais suffisamment l’Afrique pour ne pas avoir à craindre le blues du cul blanc. Ce continent m’avait offert son amour depuis si longtemps, j’y avais conservé des attaches solides et c’était ma terre, bien plus que le sol qui m’a vu naître. A la manière d’un rouleau compresseur (je suis très bourrin, fô pas croire!), je menais rondement mon affaire et je fus stupéfaite de me voir proposer, non pas un simple poste sur 6 mois mais celui indéterminé d’un cadre. Salaire et avantages liés à la fonction me laissaient croire que s’en était fini de la période de vaches maigres dans laquelle je me débattais depuis plusieurs années … alors hopopop … elle saute le pas la Chouchou, elle dit oui … A l’époque, je possédais une petite maison dans le Médoc dans laquelle j’avais englouti toutes mes économies afin d’abriter mon foyer. Foyer certes réduit à sa plus simple expression puisque je vivais seule avec ma gamine, mais bonheur et sérénité se conjuguent aisément dans n’importe quelle situation …

J’organisais donc la maison, parcours du combattant s’il en fut … me régulariser au regard des impôts et obtenir le précieux quitus fiscal, procuration bancaire à ma fille pour le quotidien, préparer les cantines avec l’essentiel, vaccinations canines (pour les chiens, pas pour moi bandes de niais !), mise au frais du véhicule sans oublier d’embrasser les êtres chers et se redire mille fois qu’on va se revoir bientôt …  En effet, mon départ se voulait urgent, l’établissement de Bamako étant livré à lui-même depuis trop longtemps. Pendant quelques temps, je fis l’aller-retour entre le Médoc et Aix en Provence, siège de la société, afin de me familiariser avec ceux qui devenait mes interlocuteurs. Une semaine passa, puis deux, puis trois. Ces retards étaient soi-disant justifiés par des autorisations internationales à obtenir, des obligations locales à remplir. Quoiqu’il en soit, si ma première impression était d’avoir trouvé la mariée un peu trop belle, rien dans le quotidien ne m’avait encore alerté au point que ma méfiance naturelle retrouve ses droits. Oh bien sûr, certains comportements, certaines attitudes m’avaient un peu choquée mais j’ai depuis longtemps appris à accepter les bizarreries des autres pour ne pas m’y attacher plus que nécessaire. Je dois avouer avoir fait preuve de tout ce qu’on veut, sauf de clairvoyance … Le mode de fonctionnement du boss à lui seul aurait dû me faire freiner des quatre fers. Certes, il ne savait parler que de cul mais en ça, il n’est pas le seul et pour avoir longtemps bossé dans des milieux masculins et machistes, je connaissais la musique. Et puis honnêtement, à côté des légionnaires et des de travaux publics, il était plutôt petit joueur.

Le jour tant attendu du départ arriva. J’en ai déjà fait le récit et la suite donnera raison aux pires craintes que je ressentis ce jour-là. Des semaines passèrent où j’eus tout loisir de découvrir le côté obscur d’une paire d’escrocs. Mon retour fut dramatique à tous points de vue. Intellectuellement, parce que j’avais mis l’avenir de ma fille en danger et parce qu’il n’est pas simple de digérer un tel échec (je culpabilise encore). Financièrement puisque le peu que je possédais, je l’avais utilisé à régulariser les situations, bien plus dramatiques que la mienne, de ceux que je devais abandonner là-bas. J’en appelais à mon syndicat afin de plaider aux prud’hommes mon droit à toucher les 7 mois de salaire impayés. L’avocat désigné me laissa au milieu du gué et j’affirme ici, haut et fort, qu’il fut payé pour laisser tomber l’affaire. 5 mois après mon retour rocambolesque, je prenais la décision de vendre la maison avant qu’elle ne soit saisie et disposer d’un capital qui me permettrait de ne pas sombrer totalement. Mes appels à la gouvernance locale ou nationale restèrent lettre morte et sans l’aide de rares amis qui ne me lâchèrent pas dans cette épreuve, j’aurais appuyé sur la détente d’un 9 mm. Le pire ? le chèque de 100 euros d’aide alimentaire. Foin d’orgueil et de dignité, nous étions en décembre, je n’avais plus de chauffage et je souhaitais offrir à ma fille un Noël qui bien que minimaliste, serait quand même Noël.

Depuis, si j’ai pu rebondir professionnellement, ma vie n’est pas redevenue vraiment normale. Pas simple d’avoir perdu l’essentiel. Je n’ai plus aucune illusion sur un monde du travail, gangrené par l’indifférence et la vénalité, plus la capacité d’encaisser les coups, même les plus insignifiants, en souriant … Je me blâme bien plus durement que qui que soit d’autre, ne serait-ce que pour avoir obligé ma fille à faire une croix sur des aspirations légitimes pour éponger mes conneries. En revanche, je ne prends plus de gants et je tiens un discours très durs à ceux qui viennent pleurer sur mes baskets, leurs angoisses minables de culs frileux. Les bons paient pour les mauvais,, me direz-vous. Sans doute mais je n’en suis pas désolée. J’ai commis l’erreur monumentale de faire confiance à un patron, à la justice de mon pays (ppfff ….), à certains membres de ma famille … on ne m’y reprendra plus. Cette confiance là est morte et enterrée. Il me reste la dignité de n’avoir laissé aucune dette, personne qui puisse prétendre que je n’ai pas rendu ce que m’avait été prêté de concret ou d’immatériel. Vous comprendrez peut-être mieux les prises de position radicales qu’il m’arrive de prendre. Je ne me plains pas, pas le style de la maison. Au moins, ai-je choisi de vivre un rêve plutôt que de rêver de vivre et dans le cauchemar que ce rêve est devenu, j'ai eu la chance indécente de ne pas rejoindre la cohorte des épouvantails qu’on agite sous votre nez, histoire que vous compreniez bien ce qui vous attend si vous l’ouvrez un peu trop fort
Vous savez ... ceux qu'on appelle des SDF ...

Dimanche 6 avril 2008

La mélodie enfle, toute entière dans les archers … Je voudrais quitter la terre et suivre les notes, échelle-partition qui mène aux étoiles. Etinceler une dernière fois au firmament avant de m’unir à un trou noir. Il y a du galactique dans cette musique … enfin ce que ma tête malade imagine être du galactique. Résonnance de mes pensées à l’infini. Posée sur le bord de la jardinière, Dieu me regarde en fumant sa menthol. Viens me dit-elle, on part plus haut, plus loin … n’emporte rien, tu es un Tout ex nihilo … je la suis en trébuchant sur la clé de sol … je lâche les arpèges et d’un allegro de mes doigts dans les siens, je rejoins les nuages.

D’en haut, ma vie me semble si petite. Mais me direz-vous, con-descendants, d’en haut, tout est petit, même toi … Je sais. J’ai toujours été petite … Rien ne m’a fait grandir, ni les années, ni le bonheur, ni même la souffrance. J’ai pourtant cru le contraire … parfois … par erreur ou par oubli … Je ne m’élève que dans la musique quand elle transcende la vague qui me submerge. Maudits soient mes ancêtres qui me firent l’âme slave ! Maudit soit Elle qui me fit naître femme, m’offrant le soleil en m’interdisant sa chaleur ! Maudite soit moi qui fit le choix de vivre autrement … Il eut cent fois mieux valu vivre une seule journée intensément qu’une éternité petitement …

Les yeux fermés, je valse triste à la Grande Ourse. Nova, je me répands sur mon tapis en poussière pathétique, inondant mon visage d’eau salée. On ne devrait revisiter sa vie qu’avec Mozart et seulement quand on est enfant. Quand par la seule force de son amour, on peut fabriquer des villes de cristal dans des forêts enchantées. Quand on est encore fait pour les jets d’eau des squares. Vieille enfant aux rêves ridés, je contemple les bassins vides d’où l’eau s’en est allée vers des prairies plus riantes. L’orchestre est en moi, prenant toute la place et me disperse aux quatre coins de la symphonie. Mon cœur est cordes et ma tête éclate en cuivres. Vaisseau fantôme aux confins du temps, je plonge dans le mascaret des notes pour m’y noyer …

Réminiscences chorales … position fœtale … je suis l’orthodoxie du 5ème temps … Dans un sursaut de  lyrisme exacerbé, j’exhorte la vie à me laisser enfin dessiner du bout des doigts, mes aspirations les plus profondes. J’en appelle à la violence pour tacler mon impuissance face à un destin étranger qui me colle à la terre. Terrienne, je ne suis pas. Je n’étais pas faite pour les réalités tangibles. Je n’aurais dû être que chant, mélodie intemporelle flottant dans l’air, ritournelle joyeuse des chevaux de bois. Ma place n’est pas ici où tout est bas. Vie farce, longue suite d’erreur d’aiguillage, je divague et la folie que je combats depuis trop longtemps m’emporte loin des interdits qui me condamnent au silence et à l’oubli.

Je flotte dans un chemin de terre, cherchant l’airial, poussant un contre-ut désespéré qui se brise sur le béton de vos solitudes emmurées. Plainte lancinante, ma vie s’écoule goutte à goutte sur les touches d’un piano détruit. Ne cherchez pas l’humaine en moi … je ne le suis pas … je ne le suis plus … j’ai troqué mon corps contre un plain chant évanescent. Ne me cherchez plus où vous êtes, je ne suis plus qu’ailleurs … Suicidaire en marge d’une société qui a banni l’espoir, je porte en moi l’apocalypse des amours morts, des cercueils refermés, des portes claquées. Si rien de ce que vous êtes ne m’indiffère, tout de vous m’est accord dissonant.

Dans un dernier geste d’espérance, j’ai tendu la main aux anges, les suppliant de me dissoudre dans un final repenti. Ils se sont envolés et la nuit s’est obscurcie alors que je reste là, affamée de danse et de rire. Crevant de peur de vivre pour rien, je m’élance vers l’horizon, m’accrochant à ce sourire qui  me promet des petits matins écrasés de soleil où la paix me serait offerte. Dans une dernière note de croyance misérable en un bonheur qui ne soit plus simplement l’utopie d’un coloriage d’enfant, à pleines mains, je referme mes blessures d’hier pour tendre les bras à un nulle part au milieu de rien qui voudra bien de moi pour un pas grand-chose fait de tout …

 

Vendredi 4 avril 2008

Le ciel est dans l’ensemble assez clair ce matin et les températures plutôt douces. Du beau temps en vue et 3 jours pour en profiter.  Il est 9 heures moins le quart et devant mon sempiternel café, je me demande quels mots je vais pouvoir trouver pour vous faire rire d’une mésaventure (une de plus !) qui pourtant a bien failli me réduire à un entrefilet dans la rubrique des faits divers.

 Après une semaine à la recherche du temps perdu, confiante dans les prédictions de Monsieur Météo de France Bleu Gironde, je rêvais d’une soirée sur les bords du Bassin. M’asseoir à la terrasse de Chez Pierre, déguster lentement un tourteau et un verre de rosé perlé après avoir cheminé sur le front de mer. Très vite, j’avais quitté le bureau à la fin de l’après-midi et au fur et à mesure que j’approchais d’Arcachon, le ciel gris et plombé de Bordeaux s’éclaircissait, pour laisser enfin la place à quelques rayons de soleil.

Pendant que je réduisais mon crabe à un tas de cartilage où ne subsistait plus rien de sa chair succulente, j’échafaudais une vague planification de mes jours de repos. Petit ménage, mes fleurs, promenade photographique dans ma ville, partir rejoindre une fée ou peut-être, m’atteler à la vérification d’une 2483 dont les laborieux RH qui me lisent savent à quel point elle est un moment essentiel dans une vie. Le feeling guiderait mes pas mais surtout ne rien faire que du soft, du lent, de l’intellectuellement basique et le silence … ce silence dont j’ai tant besoin quand le soir arrive. Je goûtais au calme d’une cité balnéaire encore dépeuplée, à la vision d’une plage propre et à la lumière ocre qui venait lécher l’eau. Bienheureuse Chouchou qui peut ainsi s’affranchir des obligations de sa vie pour se noyer dans une rêverie sans fin, oublieuse des bouts de bois de  Dieu qu’elle a comptabilisé pendant des heures.

Je passais un long moment de paix ressourçant puis reprenait le chemin de ma tanière urbaine vers 22 heures. Envie d’écouter Isolde mourir pour Tristan dans la pénombre de mon salon. Alors que s’égrenaient les notes de ce chant d’amour absolu, je m’éteignais lentement dans mon fauteuil. Qu’est-ce qui alertait mes sens endormis ? L’odeur âcre de la fumée ? Un signal d’alarme inconscient ? Quelque chose brûlait quelque part !! Je passais en une fraction de seconde de l’état de coma dépassé à celui de vigilance maximum. Des consignes enfouies au plus profond de moi défilaient dans ma tête à la vitesse de la lumière. Me serais-je assoupie une cigarette allumée entre les doigts (ça m’est arrivé !) ? Non. La couverture qui recouvrait mes jambes semblait intacte alors que je la secouais vigoureusement. Le fauteuil ne présentait aucune lueur inquiétante, rien dans le salon qui indiquât de prés ou de loin un début d’incendie. Le nez en l’air, je passais dans le couloir sans rien détecter de suspect. J’inspectais rapidement les chambres et la salle de bain avant de revenir vers la cuisine.

Oh p’tain !!! oh p’tain !!!! … sur les plaques vitro de la cuisinière, un amas non identifié rougeoyait, dégageant une fumée épaisse. Ne pas allumer … sous l’évier, dans le seau qui contient toujours un peu d’eau … le coup de la friteuse en feu mais sans la friteuse ! … D’un put sec et précis de serpillière, jeter cet OVNI sous le robinet. Arracher le rideau à l’assaut duquel partaient  des petites flammèches … couper la plaque qui, semble-t-il, était à l’origine de ce départ de feu. Une seconde pour souffler avant de remettre le courant et faire un premier état des lieux. Les murs de ma cuisine gris souris sont noirs et les montants PVC de la fenêtre ont manifestement soufferts. Ouvrir … aérer … me débarrasser de cette fumée qui me pique les yeux et la gorge. Je reste atterrée quelques minutes avant de comprendre qu’il ne me sera pas possible de dormir avant d’avoir tout remis en ordre … J’ai donc passé ma nuit à lessiver les murs, une partie du plafond, nettoyer les placards et relaver la vaisselle. Ce matin, seule une partie écaillée du carrelage rappelle que quelque chose s’est passé. Qu’est-ce qui a brûlé ? Un pull et un chemisier que j’avais posés là, le temps d’étendre ma lessive du matin, puis que j’ai oubliés. En passant machinalement l’éponge sur les boutons des plaques, en ai-je allumé une sans m’en rendre compte ? Je ne vois rien d’autre puisqu’ayant dîné à l’extérieur, je n’ai pas eu à les utiliser.

Il n’était pas dans mes intentions de procéder au nettoyage de printemps en pleine nuit, ni même d’envisager de repeindre le plafond avant plusieurs années. Le ménage est fait et je vais aller acheter un pot de peinture. Mais c’est si peu de chose à côté de ce qui aurait pu se passer si j’avais avalé plus tôt les cachets faiseurs de miracle que je prends depuis quelques jours pour m’assurer un sommeil sans rêve ... Si je n’avais pas la sale habitude de tout laisser ouvert, permettant ainsi à la fumée de ne pas s’accumuler dans mon minuscule T3 … Si je n’avais pas été astreinte à assister aux sessions de recyclage EPI, notre pompier préféré enfonçant chaque fois plus profond les leçons si simples et si salvatrices dans notre quotidien … Et si j’avais eu un détecteur de fumée ? oui … j’en ferai l’acquisition en même temps que la peinture. 10 €, c’est si peu de chose quand ça évitera à mes voisins de voir s’envoler en fumée le peu qu’ils possèdent par la faute d’une maniaque incapable de passer devant sa cuisinière sans y donner un coup de torchon … Et encore, je me refuse à envisager le pire, pour mon propre confort intellectuel et pour garder un semblant d’équilibre.

Un seul regret, celui de ne pas avoir admiré le cul, bien dessiné par l’uniforme, des pompiers qui auraient déboulé, toute lance au vent, dans mon espace dévasté …  Mais ça, vous vous en doutez, ce n’est que la  boutade finale d’une Chouchou qui, en toute circonstance, même les plus dramatiques, préfère regarder vers la lumière plutôt que de sombrer dans l’obscurité … Le soleil rentre à flot dans ma tanière et j'ai la chance insolente de pouvoir en profiter ...

Lundi 31 mars 2008

Pour ne plus m’égarer dans les steppes d’un inconscient qui n’est pas le mien … pour ne plus traîner mes savates dans une vie qui ne m’appartient pas ... pour ne plus soulager une autre misère que la mienne … Je ne dirais plus jamais que je vais bien quand je vais si mal. Pour quelle raison devrais-je m’en priver ? Pour que ceux qui m’entourent se sentent bien à l’abri ? Pour les dédouaner de leur silence et de leurs constants détournements d’attention ? Pour répondre à leurs attentes en piétinant les miennes ? Pour écouter leurs sempiternelles histoires quand leurs yeux aveugles ne savent pas reconnaître la douleur quand elle est criante ?

J’ai longuement hésité avant de jeter sur la toile un post de plus sur la misère humaine. Et puis merdeee !!! C’est la mienne et à ce titre, je la revendique. Je revendique ma colère, ma souffrance, mes angoisses et je hurle au vent ce désespoir qui me fait sombrer corps et âme. J’offre un baroud d’honneur à l’espoir dans sa bataille contre l’expérience Les grandes douleurs sont muettes ? Quelle puissante connerie !!!! Alors ce soir, mes mots claquent, agressent, dérangent. Je craque. Je pète un câble. Je lâche la rampe. Je rejette tout en bloc. Le système, les grands comme les petits maux. Les gens. Ceux qui ne me voient pas même quand ils me regardent. Ceux qui oublient et ceux qui ne se souviennent pas. Ceux qui mentent, ceux qui trichent, ceux qui souillent … Ceux qui dégoulinent sur mes godasses leur crasse quotidienne avant de disparaître au premier chant d’oiseau. C’est terminé le chèque en blanc, les alibis et le droit à l’ignorance. Finies les pitoyables vérités qui ne sont pas les miennes. La vérité n’est pas une et indivisible. Et puis, je n’ai pas de vérité, je ne suis que doute et tourment.

N’imaginez pas lire un simple soir de blues ou assister à un cas de démence très passagère. Le mal est bien plus profond, il s’est enraciné. Je ne crois plus aux regards, aux pensées, à l’empathie, en quelque promesse que ce soit. Je ne crois plus aux mots que je lis et dont je me demande quel mauvais coup ils devancent. Je révèle la paille dans la pierre, la faille dans le roc, la ride sur le lac … 1 et 1 ne font plus 2, si jamais ce fut le cas pour moi. Je ne sais plus qu’une chose : je vais mal, suffisamment pour en perdre toute pudeur et l’étaler ici, n’attendant ni pitié, ni lieux communs éculés qui ne soulageront pas mes nuits déchirées. Riez si bon vous semble, gaussez-vous … Quelle importance d’ailleurs … je m’en moque … Tant que vous ne me demandez pas de vous aider à m’aider … je suis fatiguée … si fatiguée …

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


LIVRE D'OR 

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