Samedi 29 décembre 2007

Je sais bien que vous décarcasser le neurone avec mes états d’âmes à la manque, ça vous casse les pieds. Et puis, comme je le disais, en temps de fêtes, on n’a pas envie de se prendre le chou avec les « tristesses » du monde. On a bien assez des siennes, heingg ? Bah … vous inquiétez pas, je comprends. Je ne m’encombre pas forcément des tourments des autres en permanence. Je suis même vachement égoïste souvent. Bien plus souvent que vous ne le pensez d’ailleurs.

Tiens, ce soir encore … vous avez entendu dire qu’on allait payer nos poissons plus chers pour subventionner le carburant des pêcheurs. Bon. Ben, ma première réaction a été de gueuler ! D’abord parce que j’adore le poisson et qu’il est déjà plus cher qu’un filet de bœuf et ensuite parce que je paie aussi cher que les autres mon carburant pour aller bosser et que personne ne me subventionne. Si je suis leur logique, c’est parce que c’est leur outil de travail et pour que nous puissions enfin nous offrir une sole meunière par an (attendez … au prix de la sole, y’a longtemps qu’on en mange plus tous les dimanches !). Mais je m’égare … Pour nous offrir notre poisson mensuel  disais-je (le merlu, c’est plus populaire), ils doivent mettre de la benzina dans leur rafiot. Jusque là, rien que de très normal. Là, où ça commence à coincer, c’est que je vais raquer leur gasoil pour un poisson que je ne pourrais plus me payer ? Et ça … ça … ça me fais un peu suer.

Dans mon cas personnel à moi que c’est le mien, ça donne quoi. Perso, je fais dans le béta bloquant. La différence entre le béta bloquant et le poisson, c’est que mes cachetons sont remboursés par la sécu. Pour la coquille St Jacques, c’est pas encore le cas et je doute que ce soit pour bientôt. Donc, pour aller produire la forme sèche qui vous sauvera la vie un jour, j’ai besoin de filer à boire à ma trottinette. Elle est vieille (et ne passera sûrement pas le contrôle renforcé, payable à 25 % de plus mais bon !) mais elle picole plus que moi.  Donc, pour vous sauver la vie, je vais vous demander de me subventionner. Héééé … râlez pas … je ne fais que suivre la logique des martins pêcheurs …

Et ce truc-là est vrai pour tous. Pour être belle, on a besoin de nos Betty Boop (les artistes-coiffeuses pour les ignorants) et des Téticiennes. Donc, il faut les subventionner. Parce se sentir belle, c’est se sentir mieux, avancer plus vite et plus loin, travailler plus dooonnncccccc …. produire plus !!!! Pareil pour mon facteur et sa bicyclette, mon boulanger et son pain au maïs, le bailleur qui me loue cette tanière dans laquelle je me trouve si bien, celui qui pilote le TGV quand je cours rejoindre mon Essentielle … ou mon Essentiel … EDF qui alimente ce PC en énergie, les croquettes de mes chats  … bref … on doit tous être subventionnés !!!!!

Alors qu’on nous subventionne !! Ouuiiii … Au diable la politique européenne, les plombiers polonais, le capitalisme à tout crin et l’euro fort ... Ouuuuiiiiiii … donnez-moi ma subvention quotidienne … Au diable les orgasmes ressentis et les migraines simulées … Ooooouuuuuiiiiiiiiiiiiiii …… subventionnneee-moiiiiiiiiii … aaaahhhhhhhh … Oupppss !!!!

Je disais donc qu’il m’arrive d’être égoïste. Et c’est le cas ce soir, à prendre mon pied entre subvention, bouffées de chaleur et gouttes pour le nez. Vous voyez que je peux le faire … Alors, je comprends que les états d’âmes à la con, ça vous rase. Bon … vous m’excusez mais j’ai un truc infâme à avaler contre les acouphènes qui me rendent folle depuis des semaines … ça gâche un peu l’image du symbole sexuel que je suis, je sais ... alllééé, on se retrouve z’au prochain meeting des joyeux subventionnés d’accord ? …  

 

Vendredi 28 décembre 2007

Il n’y a pas que la nourriture qui est riche cette semaine et nos journalistes (ou ceux qui se prétendent tels) sont à la fête.

Comme il doit être doux d’avoir un ami comme Vincent. Le cœur sur la main, il prête volontiers tous ses jouets à ses petits camarades, surtout s’ils sont sans femme fixe. Le tableau à la Feydeau que nous jouent depuis des mois Nono le Bigorneau et ses Prada Girls est complet. Au pied des pyramides, un quinquennat clinquant nous contemple. Je me console (on a les consolations qu’on peut) en pensant à la tronche de Mesdames Bush, Poutine ou Merkel. Qu’importe que nous soyons encore et toujours les dindons de la farce, au moins notre dinde est-elle glamour. Il ne reste qu’à espérer qu’elle ne souffre pas d’angine blanche …

Reportage d’Arte au Darfour sur de « vrais réfugiés et de vrais humanitaires » … cette chaîne nous avait habitué à de « vrais » commentaires. Quant à l’attaque des français en Mauritanie, Al Quaïda est pressentie pour en être le maître d’œuvre. Par la grâce d’analyses très éclairées, de simples crapules prennent de l’envergure … Pendant ce temps, durant la nuit de Noël, « Boutin est en maraude ». Je vous engage à vérifier la définition du mot. Maraude … pas Boutin …   

Epilogue de la grande mascarade tchadienne. Après les infirmières bulgares, qui ne nous ont bien entendu rien coûté, les enchères montent. Mais quoiqu’il en soit de cette affaire (et mes sensibilités vont plutôt vers les membres de l'Arche de Zoé), la France a envoyé un signe fort au monde : désormais, elle lâchera sans vergogne et en public ses ressortissants … même quand elle leur a accordé le soutien de sa logistique militaire. Enfin, chacun a pu sauver la face. Sauf les enfants ... mais qui s'en préoccupe vraiment de ces gosses. Pauvres petites créatures écrasées au nom des égos surdimensionnés de ceux qui prétendent nous gouverner.

Pour oublier toute cette cacophonie, si je m'offrais les CD d'Arabesque ? Pour ma pauvre tête de piaf, ce serait sûrement reposant … Je vais revendre mon cadeau de Noël sur internet. D’abord parce que c’est tendance et ensuite parce que les œuvres complètes de Marx (Karl, pas Groucho), avouez que ce n’est pas un truc à offrir à une psychotique dans mon genre.

Mais de tous les matins, ce matin est sans doute le pire, alors, en vrac et comme ils me viennent, voilà des noms que je vous livre comme un chapelet dont le nombre de grains ne cesse d’augmenter. A les lire, s’il vous venait à l’esprit que tout le monde doit mourir et que ceux-là avaient choisi en connaissance de cause, je vous livre une remarque dont je ne suis pas assez intelligente pour savoir si elle est ou pas fondée mais c'est mon avis et je le partage. 

 

"Ce recours systématique à l’assassinat politique par les puissances occidentales dominantes depuis 2 ou 3 générations a eu sur nous des conséquences dramatiques. La disparition des grands leaders et l’affaiblissement de leurs organisations politiques a fait naître l’opposition actuelle au nouveau « colonialisme ». Fragmentée, dépolitisée, dépourvue de leadership et d'idéologie, elle s’appuie sur la faiblesse intellectuelle des esprits et en est arrivée à générer l’attentat suicide à grande échelle. Mais ce n’est l’apanage d’aucun camp et prendre les civils pour cible est devenu la norme, que ces actions soient perpétrées par les pouvoirs en place (Fallujah) ou par des organisations terroristes (New York, Madrid, Paris, Londres, Bali)." 

 

Cette liste n’est pas exhaustive. Malheureusement …

 … Olof Palme, Max Marchand, Patrice Lumumba, Anouar El Sadate, Ben Barka, Yitzhak Rabin, Norbert Zongo, Benigno Aquino, Anna Politkovskaïa, Amilcar Cabral, Amine et Pierre Gemayel, Thomas Sankara, Ruth First, Akim Taniwal …

... aujourd’hui Benazir Bhutto …

  

Jeudi 27 décembre 2007

Avez-vous déjà rêvé de mettre de la magie dans votre vie ? De la vraie j’entends … Un peu comme dans les films, quand des petites lucioles se mettent à tournoyer dans l’air. Ou quand une immense lumière blanche illumine le chemin … Ou bien encore quand un piano se met à jouer, essuyant les larmes qui coulent sur les joues …

Lorsque j’étais encore toute môme, j’ai souvent rêvé que je volais. Des rêves presque réels. Je ne volais pas grâce des ailes. Non … je sautais par-dessus les arbres, je faisais des pas de géant et j’allais loin, si loin, plus loin que mes rêves ne pouvaient me mener. J’étais comme la plume de Forrest Gump et je m’élançais très fort pour traverser le ciel. Lorsque je me réveillais, je me sentais  formidablement légère et solidement persuadée de pouvoir le faire. Depuis, j’ai appris que je ne peux ni voler, ni sauter dans les nuages, même si dans certaines circonstances, j’ai bien cru que des ailes me poussaient dans le dos.

Il y a des époques où l’on désire tant que cette magie opère. Noël en est une. Mais pourquoi plus à Noël que le 9 mars ou le 15 juin ? C’est presque aussi irrationnel que la Foi. Et tout aussi contradictoire et rempli de doute. Dans les esprits aussi éloignés du cartésien que le mien, l’âge n’efface pas les rêves et la magie qu’on peut trouver en toute chose se trouve renforcée à ce moment-là. Comme une enfant, je veux croire que si je souhaite très fort que mon vœu se réalise, alors il se réalisera. Autant de vœu et autant de déception … jusqu’au vœu suivant … Des vœux si simples, trop simples certainement pour ne jamais être exaucés … ou si peu souvent.

Qu’importe au fond … Ils sont comme mes pensées. Des papillons multicolores qui s’échappent de mon esprit malgré moi et qui se posent seulement où bon leur semble. Ils finissent toujours par rejoindre ceux que j’aime et dont l’absence me pèse. Les absents vraiment partis pour cet Ailleurs, ce sourire au-delà du ciel et auxquels je pense quand le vent fait voler mes cheveux ou qu’un rayon de  soleil s’attarde sur mon épaule. Et ceux qui sont encore là. Absents mais si présents dans ces lucioles qui tournoient autour de moi quand je m’étends dans le noir.

J’ai fait un ou deux vœux encore cette année. Que mon Essentielle se porte bien, qu’elle trouve sa route et la suive du mieux possible. Qu’Il soit encore là longtemps, dans mes pensées si ce n’est à mes côtés. Que je retrouve ma terre d’Afrique et que je chemine à nouveau dans la brousse ou dans le désert, me ressourçant dans ce qui est bien plus grand que tout et dans lequel je n’aspire qu’à me perdre … il ne me reste qu’à y croire encore plus fort que l’année dernière …

Mercredi 26 décembre 2007

 Lorsque je vivais à Bamako, je travaillais essentiellement avec un avocat, Maître Maïga. Outre le fait d’être un excellent juriste, il était également un grand érudit, un conteur exceptionnel et un fameux historien. A son contact, j’ai beaucoup appris du Mali. Son histoire, ses traditions, ses grands auteurs. Chaque fois qu’il m’était donné de sillonner le pays avec lui, il éclairait de toutes ses histoires les paysages que je voyais, les villages dans lesquels nous nous arrêtions. Mais ce que j’appréciais par-dessus tout, c’était les dimanches où il me faisait l’honneur de m’inviter à sa « table ». Il conviait aussi de nombreux amis, comme lui cultivés et dotés d’un grand sens de l’humour. Il arrivait que cet humour s’exerçât à mes dépens mais toujours d’agréable manière et il était impossible de leur en tenir rigueur, surtout lorsqu’ils partaient d’un immense éclat de rire tellement communicatif.

Les femmes et les enfants ne mangeaient pas avec nous. Cela faisait de moi une privilégiée. Toutes les années passées au Sénégal, au Bénin ou au Burkina ne m’avaient pas préparé à de tels rituels. Soit parce que les habitants de ces pays s’étaient occidentalisés, soit parce que les coutumes étaient différentes. Généralement, le déjeuner se passait sur la terrasse, aménagée sur le toit de la maison et protégée du soleil qui tape dur là-bas. De grands sofas couverts de superbes tissus Dogon, des tapis qui recouvraient complètement le sol. Lorsque le repas était prêt, Madame Maïga étalait des nattes sur le sol et disposait les plats dessus. Nous prenions place et une de ses filles passait parmi nous, commençant toujours par son père, avec une grande bassine d’eau, une serviette et un bout de savon afin que chacun se lave soigneusement les mains puis nous commencions à manger. Mmmmm … j’ai encore en bouche le goût délicieux des poissons du Niger, des légumes, du riz. J’ai dû apprendre à manger proprement avec mes doigts, à former des boulettes avec le riz, à prendre délicatement la chair du poisson. Il n’était pas rare que l’huile me coulât le long du bras en longues traînées de sauce. Au début, par respect pour nos façons de faire, Maître Maïga avait demandé à ce que je dispose du luxe inouï d’une fourchette. Mais je l’abandonnais rapidement et finalement, je finis par très bien me débrouiller.

C’est au cours d’un de ces déjeuners que l’on me racontât l’éducation des enfants peuls et bambaras depuis la nuit des temps. Par exemple, concernant les repas qu’ils ne prenaient jamais avec les adultes. Lorsque par exception cela arrivait, ils devaient se soumettre à une discipline rigoureuse et observer les règles suivantes : 
 

F  ne pas parler,

F  tenir les yeux baissés durant le repas,

F  manger devant soi, c’est-à-dire dans la partie du plat immédiatement face à soi,

F  ne pas prendre une nouvelle poignée avant d’avoir terminé la précédente,

F  tenir le rebord du plat de la main gauche,

F  éviter toute précipitation en puisant la nourriture avec la main droite,

F  ne pas se servir soi-même parmi les morceaux de viande ou de poisson déposés au centre du grand plat.

 
N’allez pas croire que tout cela visait à les brimer. Jamais aucun enfant ne fut élevé avec une plus grande liberté qu’en Afrique. Voilà les explications qui me furent données :

F  Tenir les yeux baissés devant les adultes, c’est apprendre à se dominer et à résister à la curiosité,

F  manger devant soi, c’est se contenter de ce que l’on a,

F  Ne pas parler, c’est maîtriser sa langue et s’exercer au silence, savoir où et quand parler,

F  ne pas prendre trop de nourriture, c’est faire preuve de modération,

F  tenir le rebord du plat de la main gauche est un geste de politesse, enseignant l’humilité,

F  ne pas se précipiter sur la nourriture apprend la patience,

F  et enfin, attendre de recevoir la viande à la fin du repas, c’est maîtriser sa gourmandise.


L’enseignement de l’art de savoir-vivre, tout simplement, comme ce fut le  cas pour beaucoup d’entre nous. En fait, même pour les adultes que nous étions, le repas était tout un rituel. Comme il devrait toujours l’être, la nourriture étant sacrée et le grand plat un symbole de communion. J’ai vécu de si beaux dimanches en leur compagnie, assise sur des nattes, à plonger mes doigts dans les plats les plus succulents qui soient au monde, à écouter les histoires et à rire. Et je les en remercie. Du plus profond de mon coeur en espérant qu'un jour, il nous sera possible de recommencer ... qui sait ...

Mardi 25 décembre 2007

Petite histoire ordinaire de la vie courante que je m’en viens vous narrer en cette journée de Noël de l’an de graisse 2007. Hier midi, ma fille et moi déambulions dans les rues de notre bonne ville de Bordeaux. A l’approche des allées de Tourny et de son marché de Noël, les effluves de marrons chauds et de chichis nous chatouillèrent agréablement les narines. Je laissais ma gamine passer commande, le temps d’aller retirer 4 sous au GAB. Alors que j’attendais pour traverser l’avenue, mon regard fut attiré par un homme d’un certain âge (voire même d’un âge certain), plutôt bien mis, assis sur les marches d’une banque, un sac à dos à ses côtés et un petit chien sur les genoux. Je n’y prêtais guère d’attention. Après tout, il attendait peut-être sa femme et il avait le droit de le faire assis sur des marches de pierre, en plein vent et par un froid de canard.

Jusque là, vous noterez les petits a priori qui s’imposèrent à mon esprit. Un homme correctement habillé, dans ce quartier-là, ne peut attendre que sa femme, ça tombe sous le sens … je vous laisse juge des images stéréotypées qui sont les miennes. Quoique non …je ne vous laisse juge de rien du tout ! Pour ceux qui ne connaissent pas Bordeaux, je précise que nous sommes dans le Triangle d’Or, à deux pas du palace qui vient d’ouvrir ses portes et où il en coûte entre 500 et 2000 € pour une nuit. Ca fait cher la vue sur le grand Théâtre, vous ne trouvez pas ? Espérons qu’à ce prix-là, la confiture n’est pas en option au petit déjeuner … Bref … vous dire qu’on n’est pas dans une banlieue qui craint.

Chanceuse je suis puisque je le peux encore, je retire mes 20 Z’Euros-pétasses. Je refais le chemin inverse et plus j’approche du bonhomme, plus mes signaux d’alerte passent au rouge. Il n’attend rien. Ni personne. Non, il a le regard vide de ceux qui n’attendent pas. Devant lui, posée sur le dallage du trottoir, une sébile qui contient quelques pièces. Dorées les pièces … fô quand même pas croire que parce qu’on est dans un quartier friqué, on vous file plus … Mes pas marquent un temps d’arrêt. Pas mon esprit. Bien sûr, des pièces dorées, j’en ai et même des bicolores, en plus du billet bleu. Mais mon œil a enregistré ses tremblements (ceux de l’homme … pas du billet ! Faudrait voir à suivre un peu). Okay … filer du pognon, c’est bien mais c’est peut-être étouffer un peu trop facilement sa conscience. Je rejoins ma gamine déjà attablée avec ses chichis et je commande un café et un chawarma (que ceux qui connaissent, expliquent aux autres). Oh … pas que ça soit particulièrement diététique mais au moins, c’est chaud et gavé de sucres lents. Etonnée qu’elle est ma drôlesse de voir sa mère attendre un sandwich dont elle sait pertinemment qu’elle n’en mange jamais de tel. Je lui parle de l’homme, de l’autre côté de l’avenue et je lui explique que c’est pour lui.

Zuuuttt … il n’est plus là !!! Je me tourne d’un côté et de l’autre. Il y a tellement de banques dans ce coin que je me suis peut-être trompée de marches. Pourtant le sac à dos est toujours là. La coupelle et les piécettes aussi. Louons ensemble la probité des rapiats qui peuplent cet ilôt … Ah le voilà … Je lui tends le café et MaGaliette le chawarma. De près, il paraît moins âgé que je ne le pensais et dans ses yeux bleus, il y a une grande fatigue sans illusion. A ma question indiscrète, il répond qu’il ne vit pas dans la rue mais sous une tente. Il n’aime pas les centres d’accueil et puis avec son chien, ce n’est pas possible, même si ce chien est gros comme un mouchoir de poche. La grande gueule que je suis ne sait quoi dire. Je me contente de lui souhaiter des temps meilleurs et nous tournons des talons. A peine avons-nous fait 3 pas que je reviens vers lui … « voulez-vous venir dîner ce soir avec nous ? » … « non merci». Je lui souris. Qu’espérais-je d’autre ? Sinon à blesser sa dignité … Les mâchoires me font mal tant je les serre. Sur la place de la Comédie, au centre du cercle de l’Argent, je n’ai qu’une envie, c’est de hurler ma colère !! Ma fille me prend le bras, sentant que je suis à deux doigts de péter un plomb et nous rejoignons la voiture.

Pourquoi n’ai-je pas insisté ? Pourquoi ne lui ai-je pas expliqué que c’était un repas simple avec mes 2 gamins ? Qu’il n’avait à craindre, ni curiosité malsaine, ni pitié ? Qu’il pourrait partir ou rester, qu’il restait libre … je ne sais pas … et je ne savais plus que marmonner mon courroux face une société inculte, hypocrite et égocentrique. Une société abêtie par des discours lénifiants et aveuglée par la peur. Mais on a peur de quoi ? Que ce soit contagieux ?!! Je vous rassure … un SDF n’est pas plus contagieux qu’une conne en Prada …

Il aurait suffi d’un geste … d’un seul … un geste de chacun d’entre nous pour que personne ne reste dans la rue hier soir ! Alors pourquoi ? p’tain …pourquoi ?!!!! … Demain, je retournerai là-bas et peut-être le retrouverai-je. Je lui proposerai de prendre un café ensemble. Comme ce n’est plus Noël, peut-être acceptera-t-il … Ou peut-être saurais-je trouver les mots qui m’ont fait défaut pour le convaincre qu’il ne s’agit pas de pitié. Juste d’un peu de chaleur humaine.

Hier, sur les allées de Tourny, il n’y avait pas de magie, juste un homme, assis sur les marches d’une banque, qui n’attendait plus rien, ni personne.

NB : 8 millions de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté. Nous sommes bien plus nombreux à survivre un peu au-dessus … N’attendons rien d’un pouvoir plus préoccupé de son glamour que de la survie de son prochain.

 

 

 

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


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