Samedi 27 octobre 2007

Il y a des rêves que l’on caresse sans cesse mais dont on ne parle pas. Par prudence ou par superstition. Comme si les évoquer, ne serait-ce que du bout des lèvres, ne compromettait à tout jamais leur chance de devenir réalité. Pourtant, les images qui nous habitent sont tellement vivantes. Elles prennent la chaleur d’un sourire aimé, la lumière du bonheur qu’on s’accorde si rarement,  la tendresse d’un enfant, le désir d’un corps caressé, l’envie du fameux Twelve of never …

Je n’ai jamais rêvé de « grandes » choses … ne confondons pas rêve et utopie … mes rêves sont petits. Pas petits mesquins ... non ... petits normaux, petits réalistes, petits vivables … A quoi bon me direz-vous, à quoi bon rêver si c’est pour rêver ordinaire ? Au moins, ai-je pu épargner à mes rêveries d’être frappées du sceau du principe de Peter (pas Peter Pan ... l'autre ...). C’est moins se contenter de peu que d’être conscient de ce que l’on possède. Toute la richesse qui nous a fait humain et que nous massacrons joyeusement, au risque de finir pire que des bêtes. A quoi je ne rêve pas ? Gagner au loto par exemple. Il me faudrait y jouer. Et pour y jouer, il me faudrait y croire. Mais voilà où le bât ne me blesse pas … je n’y crois pas … je n’y crois guère. Je ne rêve pas non plus d’être une autre. A quoi bon puisque je suis ce que je suis et que bon an mal an, avec mes bons et mes mauvais côtés, c’est déjà pas mal. Autre chose, avoir une autre vie. J’ai fait de la mienne ce que j’ai pu, avec la marge de manœuvre étroite dont Dieu, le Destin, la Vie (barrez les mentions qui vous semblent inutiles) m’accordaient. Elle fut, est et sera surtout ce que je déciderai d’en faire.

Voyez-vous, je rêve de ces petits moments simples. Plaisir d’être ensemble, bonheur d’être aimée, jouissance partagée. N'ayant pas eu le courage de mourir mais celui 
de continuer, il me paraît de bon ton de faire de chaque seconde une immensité. Je suis, comme tout le monde, bluezy à mes moments de lassitude ou de grande fatigue, en colère lorsque le monde marche trop sur la tête, intransigeante  lorsqu’on exige que j’offre ce qu’on me refuse, intolérante quand je refuse l’intolérance, rancunière quand la crasse intellectuelle salit un morceau de mon univers, and so on … tous ces travers que d’aucuns ont sans doute qualifié de mesquins lorsqu’ils y ont été confrontés. Je ne suis faite que de chair et de sang, deux bras, deux jambes et un cœur au beau milieu.

Alors je laisse mon cœur battre de ces si petits rêves. Je le laisse s’évader vers ces horizons si ordinaires où vivre n’est pas un vain mot, où aimer n’est pas un verbe galvaudé, où l’Autre, les Autres, ont leur place … Il arrive même que ces rêves si petits deviennent de si belles pages écrites ensemble. Pages de nos Livres qu’on prend plaisir à revisiter, sans regrets inutiles ou remords malsains, simplement pour le bonheur qu’elles dégagent encore et sentiront toujours. Pages qui laissent à ma tête l’espoir d’en écrire d’autres. Comme il n’y a pas de petites querelles, il n’y a pas de petits rêves … il n’y a qu’une boule d’argile que nous décidons de façonner à l’image de la beauté qui nous habite et dont on choisit de vibrer. 

 

 

 

 

  

 
La miniville d'Anbrun

 

 

Jeudi 25 octobre 2007

Je t’Aime … ce ne sont pas des mots banals, oh non … je t’Aime … je le répète tant de fois durant la journée en pensant en Toi … je t’Aime … Des syllabes, je savoure toutes les lettres qui passent par mes lèvres.

De ma bouche arrondie s’échappe un très léger sifflement, un « je » qui se transforme en un souffle léger où se répètent les « e » à l’envie. Il dure et s’envole, comme pour te parvenir par delà les nuages, au-delà des ondes et des kilomètres qui nous séparent. Il est plume et caresse ta joue lorsqu’il te parvient. Le sens-tu ? Mes yeux s’étirent un peu, comme pour te sourire. D’ailleurs, ils te sourient et te tendrent du bout des cils.

Juste après le « Je », un temps d’arrêt. Infinitésimal. Une fraction de seconde durant laquelle ma langue se love derrière mes dents pour un « T’ » où nous sommes enfin réunis … « Je » et « T’ ». De la voyelle qui le précède, il enveloppe toute la vibration, pour te serrer dans mes bras. Je vibre avec elle … elle se fait pleine et nous entraîne dans un filet d’air vers la fusion. Contact …

Chanson des mots … ma pensée a précédé le son pour que débute le verbe avec cette variante que seuls possèdent les gens d’ici. Un « ai » qui accueille, qui offre, qui ne pince pas la bouche. Un « ai » qui s’enrobe de souvenirs joyeux. Mon visage s’éclaire et reflète le bonheur à venir. Dans la dernière syllabe, nous nous accomplissons. En gerbe d’eau fraîche, mon amour se déverse et à peine l’ai-je prononcé que j’esquisse un sourire qui te dit … attends-moi … je t’Aime …

  

 
La miniville d'Anbrun

 

 

Mercredi 24 octobre 2007

La patience … l’attente …
les jours qui passent et l’envie qui reste …
L’envie et le désir.
Je t’entends, je te vois …
je ne te touche pas. Impossible.
Trop loin.
Vision d’une continuelle projection de nos désirs.
Toi.
Conscience … inquiétude … instabilité …
ballotés et tiraillés …
agitation de nos pensées.
Désir et besoin.
Besoin de toi que je peux ni ne veux outrepasser ou négliger.
Sensations. Signes que mon corps envoie.
Accoutumance. Jeûne obligé, drogue.
Conscience mentale.
Toi. 
Désir du manque et naissance du désir.
Croyance intense.
Elan. Valeur. Energie et vigueur.
Celles que tu me donnes.
Nature et plénitude.
Rayonnement.
Beauté de l’imperfection.
Moitié d’orange. Ame sœur. Complémentaire et unité.
Demain.
Toi.
Aboutissement. Joie. Etincelle.
Passion. Sève. Essence de vie.
Ardeur généreuse.
Transformation.
Nous … Plénitude

 

 

 

 

 

Mardi 23 octobre 2007

Prendre une décision et s’y tenir. Le joli programme que voilà !! Et prendre laquelle ? Ah ah … j’en vois qui rigolent moins déjà … Je me suis dit : fais donc un tableau de bord ! Figurez vous que je suis spécialiste en tableaux de bord, croisés et dynamiques de surcroît … Alors, sur l’écran, j’ai tenté de modéliser  la problématique (qu’en termes choisis, cette connerie-là est dite !!). Vous savez bien que toute prise de décision réfléchie repose sur un modèle. Le problème justement, c’est que d’une part, je ne suis pas sûre que mes décisions soient réfléchies et que d’autre part, je n’ai jamais eu l’habitude de me reposer sur le modèle, quel qu’il soit. Je préfère de loin me reposer sur son corps si confortable et si chaleureux …

J’ai donc tenté la théorie des graphes. Elle est si bucolique avec ses arbres et ses chemins … sauf qu’elle m’a rapidement mené dans le mur de ma pensée graphobique !! Lorsque j’eus recouvré mes esprits, je me suis avidement jeté sur la programmation linéaire. Pffff … est-ce que vous m’imaginez seulement capable de continu et de nombres entiers ? Moi pas … les nombres entiers ne font plus partie de mon univers, depuis l’avènement de la monnaie chère à notre cœur d’européens unis, mes rares avoirs ne se chiffrant plus qu'en décimales. Exit donc la programmation. Refusant de céder à la panique, réunissant le peu de rigueur scientifique que je possède, j’ai posé le postulat fondamental, base de ma prise de décision. (Hein ? que vous dites ? que vous ne comprenez pas tous les mots ? pas grave … ça m’arrive aussi …). Une évidence s’imposât : je devais réunir toutes les informations possibles. En fait, c’est bien ce que l’on fait tous, même ceux qui prétendent décider à l’instinct (lalaaaa … les menteurs !!). Ils ne s’en rendent pas compte parce qu'ils ont inconsciemment fait ce boulot de collecte. Et puis d'abord ... l’homme n’a pas d’instinct ...

Alors, en avant pour la collation le collationnement la collection ... bref ... l’info ! Côté infos chiffres et quantifiables, pas de problème. Finger in the nose même. Mais quand on sort du simple registre du calcul, ça se corse salement. Comment quantifier un ras le bol, une attirance irrésistible, l’avenir, l’improbabilité ? Vous me direz, lecteurs avisés, qu’il me manque sans doute THE information. Pour sûr ... Il me reste à attendre le oui ou le non, ce qui changera radicalement la donne. Lorsque je saurai enfin et face à l’alternative, la décision deviendra peut-être plus évidente. Comme incontournable. Mais en attendant, à la veille de devoir prendre un nouveau cap, mon esprit bouillonne, se projette, analyse, rejette, se disperse … en un mot comme en cent, il tourne en rond et risque la surchauffe !

Je vous sens agacés … Vous vous demandez bien combien de pages, il va falloir vous farcir pour apprendre enfin de quelle décision il s’agit et ainsi, me livrer votre avis plus ou moins expert. Ca viendra ... un peu de patience … je suis bien obligée d’en avoir,  alors vous aussi !  Et puis, peut-être n’y aura-t-il aucune décision à prendre … Ben oui, la vie est si bizarre et le non-évènement n'est pas un monopole sarkostique … Mais ne vous y trompez, le simple fait de vous livrer ces quelques mots, apparemment sans queue, ni tête, m’a permis sinon d’avancer, au moins de lâcher un peu de pression et une évidence m’est apparue : et si hésiter, c’était avoir déjà pris une partie de la décision ? 

  

 

 

 

 

 

 

Samedi 20 octobre 2007

Il est 14 h et c’est sous une chaleur de plomb que nous roulons vers l’aéroport. Dans le coffre, les 2 sacs de voyage entre lesquels je vis depuis des semaines. Semaines lourdes … épiée … suivie … surveillée en permanence. La situation a dégénéré en quelques jours et ni l’avocat, ni moi n’avons rien pu faire. D’ailleurs, qu’aurions-nous pu faire quand certains se permettent d’insulter ouvertement le ministre d'un pays étranger ? Que faire quand le Président est menacé par un ridicule petit bonhomme dont la mythomanie est en phase terminale ?

Rien … sinon sauver ce qui peut l’être, en catastrophe. Qu'importe ce qui peut se passer pour moi, il y a ceux que nous allons laisser sur le carreau. Les gardiens, les chauffeurs, les petits, les obscurs. Leur sort me soucie bien plus que celui du propriétaire des bureaux ou ceux qui ont financé l'achat d'un zinc en train de pourrir en bout de piste à Abidjan. Ils s’en sortiront toujours. Il n’y a de la chance que pour la canaille disait toujours un vieil homme sage de ma connaissance … Alors, pour régler les derniers (maigres) salaires, je puise dans mes économies puisqu’il y a belle lurette que la maison mère n’a pas approvisionné le compte en banque de la société.

Je ruse … je mens … je donne le change … De planque en planque, de faux amis en vrais copains, je me débrouille pour trouver un endroit où me poser chaque jour en attendant qu’un hypothétique billet de retour me parvienne. Mais je me leurre. Bamako n’est qu’un village où mes faits et gestes sont connus avant même qu’ils ne se produisent. Un copain pilote, un ancien de Kinshasa me transmet un message. Il peut me faire rentrer. Il faut que je lui réponde. Vite. Un pote expat d’une grosse compagnie de TP me prête son téléphone satellitaire. C’est la seule façon de pouvoir se parler sans être écouté. J’arrive à joindre Gilbert.
« Ecoute moi … on se pose à Bamako aux environs de 15 h et nous redécollons à 17 h. Tu dois absolument te débrouiller pour monter dans l’avion. Le commandant de bord est un ami, il est d’accord. Je suis sûr que tu vas y arriver. »

Pour avoir accès au tarmak et passer les contrôles, j’ai encore mon badge. En priant le ciel que dans un sursaut de laxisme, ils ne l’aient pas désactivé. Je pourrais toujours prétendre que j’apporte quelques affaires à des collègues. Pour accréditer mon histoire, j’ai revêtu mon uniforme. Le chauffeur émarge certainement partout, alors je ne lui ai rien dit, juste qu’il m’attende, que je n’en avais pas pour longtemps. Je suis navrée, je l'aime bien mais je n’ai pas d’autre alternative. Sur le parking, je tente de ne rien laisser paraître de l’angoisse qui me serre les tripes. Mes mains tremblent et je suis glacée. L’officier de police qui contrôle l’accès au hall d’embarquement me laisse passer. On se connaît. Je suis la blanche qui convoie l’or des mines. Le second contrôle sera moins évident. Juste avant la piste. Là encore, je mens … Je vois l’avion. Ils sont en train de refermer la soute … merde … j’accélère sans courir. « Madame, tu peux plus aller … ils vont décoller … » … « Héé … je sais … ils attendent mes sacs alors tu ouvres s’il te plaît … » … « Je n’ai pas le droit … » … Putain quand ils se mettent à être bornés, c’est l’horreur … « Laisse-moi passer et je te donne mon portable. Ca te va ? » … Le deal est trop beau. Avec ce qu’il tirera de la vente du téléphone, il pourra acheter le riz pour toute la famille. Je grimpe la passerelle. A peine ai-je un pied dans l’avion qu’elle est retirée et la porte refermée.

Gilbert m’embrasse et me présente l’équipage. Des géants suédois et un loadmaster belge. On décolle. J’arrive à parler … mais je ne peux pas m’empêcher de trembler. On doit faire un stop au Tchad puis ce sera direct la maison. A N’Djamena, un policier monte à bord. Je blêmis. C’est pas vrai … avoir réussi à arriver jusque là pour me faire alpaguer !!! Gilbert rigole …
« Ne t’inquiètes donc pas. Il vient juste chercher les journaux qu’on lui file à chaque fois ». Quelle cloche … je suis parano ! Arrivée au petit matin à Charles de Gaulle. Le bus des équipages et le quai du TGV. Gilbert repart pour Bruxelles. Mes sacs pèsent une tonne, je suis épuisée mais je suis en France. Chez moi … Quelques heures plus tard, je suis assise dans une cour au fin fond du Médoc, ma fille à mes côtés. Je jette un regard à l’amoncellement de cantines qui ne sont jamais parties. J’avais préféré attendre. Au moins dans toute cette histoire, j’aurais eu un éclair de lucidité. Je tremble moins. Nous sommes le 15 août 2003 et le rêve malien a tourné au cauchemar.

Je n’ai jamais revu Gilbert et je crains qu’il ne soit plus de ce monde. De graves problèmes cardiaques. Malgré son état de santé, il a été le seul à tout mettre en œuvre et ne pas m’abandonner. J
e me demande encore si je lui ai suffisamment dit à quel point je lui étais redevable. Il m’a fallu des mois pour que les bouffées de haine s’estompent et il arrive encore que certaines nuits sans sommeil …  Ni le boss, ni ceux qui finançaient cette compagnie n’ont été inquiétés. Les prud’hommes ont jugé normal qu’ils ne m’aient pas versé les derniers mois de salaire (ni le reste). Aucune administration n’a bougé et je n’ai trouvé aucun soutien auprès du syndicat auquel je cotisais pourtant depuis des années. En faillite personnelle, j’ai dû vendre le seul bien que je possédais et auquel je tenais comme à la prunelle de mes yeux : ma maison. Mes tentatives d’alerter le pouvoir de l’époque sur les dangers que représentent de tels escrocs dans le transport aérien ont été parfaitement vains. A ce propos, je remercie le chef de cabinet qui m’a rappelé le principe de la séparation des pouvoirs. Sans doute, n’avait-il pas bien lu ma lettre et en matière de cabinet, celui-là ne valait pas mes chiottes. Des voisins m’ont confié avoir essayé de contacter Courbet, sans succès. Cette histoire ne devait pas être suffisamment médiatique. Tant mieux … je n’ai jamais supporté ce mec …  

Mais au-delà de tout ce fumier, ce qui compte à mes yeux, c’est que ma fille ne m’en a jamais voulu et que j’aime toujours passionnément le Mali. Ce pays n’est en rien responsable de la folie d'un homme. J’ai eu la chance extraordinaire d’en découvrir la magie, la gentillesse et la chaleur de tout un peuple. J’y retournerai … si l’occasion vous est offerte d’y aller, n’hésitez pas une seconde entre palmiers carte postale et berceau du Mandingue.

Cette histoire relate des faits réels et certains personnages exécrés existent encore …. mais un jour ... les meules du Seigneur ...

 

 

 

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


LIVRE D'OR 

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