Vendredi 30 juin 2006

Chhuuuttt … Prenez vos aises doucement … J’ai une amie qui dort … On a  fait quelques cartons puis on a écouté le temps passer en buvant un verre …

Dormir un peu et se réveiller dans les bras infiniment doux  d’un rêve. Regarder vers le ciel et envoyer un baiser tendre vers des enfants rieurs. Penser à toi  et sourire.

  Regarde …
         Ecoute …
           Respire …
               Touche …
                      Goûte …

Samedi 24 juin 2006
Le rideau a repris sa place. Nul souffle. Nul mouvement. Mon imagination me joue-t-elle des tours à moins que vous ne préfériez rester spectateur ? Peu importe. L’odeur de l’arabica qui arrive de la cuisine m’arrache à la contemplation souriante de mes tentures.

Me souciant peu d’une nudité que le batik étalé sur le tapis a dévoilée, je me lève. Qui que vous soyez, boudez contre votre nez si cela vous chante mais ce café, je vais me le servir. Je pose ma tasse fumante sur la table de salon.
Beck ronronne sur ma platine. Je me fonds dans ses notes pour mieux me réapproprier chaque partie de mon corps. Un mouvement après l’autre, plus fluide, plus coulé au fur et à mesure que j’intensifie les étirements auxquels mes muscles répondent avec souplesse. La paix qui descend sur moi devient palpable dans l’air du salon. Clapton me trouve si belle ce soir.

Je me dis que votre position doit être terriblement inconfortable. Debout depuis si longtemps dans un espace aussi réduit. Mais j’admire votre maîtrise. Personnellement, le spectacle d’un homme s’abandonnant avec tant de volupté à l’esprit du temps aurait très certainement accéléré ma respiration et je n’aurais pu retenir quelques gouttes qui auraient coulé le long de mes cuisses. Un peu comme celles qui perlent maintenant, au creux d’un fruit que la musique fait mûrir. La voix grave de
Barber allume un feu que j'aimerais tant partager. Mon sourire s’élargit lorsque, au centre du rideau, je vois poindre un renflement. Le vent n’y est pour rien, pas plus que mon imagination, j’en suis sûre maintenant.

Je m’allonge sur mon tapis. Tâche claire sur ses couleurs éclatantes. Il épouse  les formes de mon dos. J’en ressens chaque millimètre sur ma peau chauffée à blanc. Elle se vaguelette d’un désir retenu trop longtemps.  Jouez votre partition. Je jouerai la mienne. Symphonie de mes mains pour votre orchestre. Mes mains courent d’un sein à l’autre, les faisant pointer sous la caresse légère. Mon ouïe aux aguets perçoit nettement votre respiration. Je rythme mes caresses sur son tempo. A quel degré de fièvre allez-vous craquer ? Vous ne pouvez pas ne pas voir mes reins se creuser. Vous ne pouvez pas ne pas imaginer la chaude humidité qui ruisselle maintenant d’un sexe offert. Ma tête se renverse et je ferme les yeux. Mes doigts se sont insinués dans un sillon à la recherche d’un bouton que le désir dresse. Est-ce la vision de ce plaisir ou l’appel de
Chuk Brown qui finalement l’emporte ? Je sens votre présence avant même que votre corps entame lentement la reptation qui va le mener au cœur d’un univers de Femme Lionne apprivoisée. Vos lèvres se posent sur les miennes dans un baiser qui nous brûle pour une éternité dont on se moque. Je m’offre à pleine bouche, à pleine supplique, à pleines mains. Les vôtres se font brasier, s’agrippent à mes hanches, m’écartèlent pour mieux me posséder. Vous vous frayez un chemin en moi avec lenteur, m’arrachant un gémissement. J’ai envie de jouir, de tout mon être, retentir de ce fabuleux orgasme qui monte en moi. Je vous regarde, les lèvres entrouvertes et un regard brillant de soif de ce plaisir auquel vous participez pleinement.

Monter au ciel sur la guitare de
Led Zep. Je suis luisante de sueur et vous êtes en feu. A quoi bon résister à l’invasion de ces papillons qui vont prendre possession de notre ventre et de notre tête. Ce n’est plus le plaisir qui avance, c’est un incendie, un orage qui éclate et nous ravage. Je m’abandonne à vous dans un éclair éblouissant, le corps tendu comme un arc. Mon dos n’est plus que décharge électrique. Nous fusionnions et dans un feulement rauque, je vous sens m’inonder d’une prodigieuse ondée.

Entrelacés, enchevêtrés, emboîtés l’un dans l’autre, sans bouger, nous laissons nos corps échanger encore leurs contractions intimes. Dans une prière silencieuse, je remercie Dieu de m’avoir envoyé un
ange pour un duo qui restera gravé en moi à tout jamais. Il m’importe peu de savoir de quoi demain sera fait. Seule cette minute compte. Celle de partager cette petite mort ensemble et d’en retenir chaque seconde dans mes souvenirs.

L’odeur de l’amour s’est mêlée à celle de la paix. Je vous souris et me dégage doucement de ce corps dont je ne voudrais pourtant pas m’arracher tant il est encore mien. La douceur de
Chet Baker et de sa Funny Valentine ramène le calme sur mon tapis. Mais qui se souvient encore que je fus Funny Valentine avant de devenir Chouchou ...

- Je prendrais volontiers un café me dis-tu en riant …

Mardi 20 juin 2006
Je viens de rentrer. Dehors, il règne une chaleur étouffante et mon chemisier colle à ma peau. La fraîcheur de la maison fermée me saisit et un filet de vent fait voler le fin rideau alors que j’ouvre les volets. Je marche pieds nus parmi le repos de mon salon. Un grand bol verni diffuse les senteurs d’une eau parfumée au jasmin. Je pose mon sac sur le bureau et, défaisant ma ceinture, je laisse ma jupe tomber à mes pieds. Le rideau se soulève à nouveau. Un souffle un peu plus fort sans doute. Tout en déboutonnant mon corsage, je vais me faire couler un bain. Je rêve de me laisser glisser dans l’eau et d’y oublier les tracas de la journée.

Alors que mon bain coule, j’allume les petites bougies couleur d’étoiles. Un bâtonnet d’encens, les sels de bains. D’une main, je libère des fleurs séchées d’un écrin de bois précieux ramené de Bali pour les parsemer sur l’eau. C’est une odeur douce et un peu enivrante qui envahit la salle de bains. La musique qui me parvient du salon  apaise mon esprit, les bruits s’estompent et le calme s’installe. Lentement, je fais glisser, le long de mes épaules des bretelles de dentelles et le long de mes hanches, un slip qui effleure mes jambes avant de s’étaler sur le sol.

Assise sur le rebord de la baignoire, je glisse une jambe puis l’autre dans l’eau parfumée, pour imprégner enfin tout mon corps. Ma peau éclate de joie au contact du parfum de myrrhe. La tête renversée en arrière, j’immerge mon visage quelques secondes sans respirer. Lorsque je le relève, l’eau ruisselle sur mes joues et perle mes lèvres. Je berce mon corps d’une caresse aqueuse aux effluves d’acajou mouillé. Passant ma main sur le fond de la baignoire, je rejoins mes pieds, frôle mes chevilles, mes genoux. Je passe les calices des fleurs sur mes bras, libérant une odeur de prunelle.

C’est le frisson qui me murmure d’ouvrir mes pores et de poursuivre les caresses du nombril aux seins dressés, en éveil. De la pièce, il émane une envie lourde, chargée de désir de mains mouillées, de besoin à rassasier. Je me prélasse encore un moment puis je sors de l’eau, laissant les dernières larmes du bain dessiner des petits ruisseaux sur mon corps. Enroulée dans un grand batik de couleurs, j’ébouriffe mes boucles pour leur rendre leur folie puis je gagne le séjour.

Il n’y a d’autres bruits dans la maison que le CD qui chante encore et le bruit de la cafetière qui libère ses senteurs d’arabica frais. Le batik s’est dénoué, formant une immense fleur sur le tapis. Au creux de ma main, je verse un peu d’huile ambrée et d’une lenteur presque lascive, je recouvre mon cou de ce liquide nacré. De l’épaule au bras, au coude, je gagne le plexus et effleure mes seins. Mes mains huilées dansent sur mon ventre, sur mes hanches. Ce massage doux qui me lubrifie, avive mes envies. Je parcours mes cuisses, plongeant mon esprit dans une harmonie sensuelle. Attirés par un pouvoir charnel, mes doigts descendent vers un pubis presque imberbe. La course de mon index gagne le creux humide d’une fissure brune m’arrachant un soupir un peu rauque, passion profonde échauffée par les sens.

Un mouvement plus prononcé du rideau me révèle votre présence. Je ne bouge pas, nue, offerte à votre regard. Lentement, un sourire s’élargit sur mon visage :

 - Je vous sers un café ?

Lundi 19 juin 2006

Fermez les yeux et allongez-vous sur la colline qui surplombe la brousse. Le Kilimandjaro se découpe dans le fond. Je vous emmène en voyage sur ma terre, de la plaine du N’Gong aux rives de l’Atlantique. Dans l'air, les vaguelettes de chaleur font trembler l'horizon. Le silence n'existe pas, ni le jour, ni la nuit ! La chaleur elle-même bruisse autour de vous. Pas de vent ou s'il se lève, trouvez un abri, surtout s'il arrive du désert. Il va rouler le sable, le faire rentrer en vous jusqu’à vous couper le souffle et faire tomber la nuit en plein jour.

La nuit, lorsque vous êtes attentif, c'est mille bruits qui vont retentir. Ceux des animaux qui viennent boire au marigot, seuls ou en troupeau. Ceux des palabres qui arrivent du village. Ceux des génies dont on raconte les facéties pendant les veillées. Ceux des djembé ou des koras qui annoncent un soir de fête ou un soir tout simplement. Tout un monde qui émerge afin de profiter de la fraîcheur toute relative. Car, à certaines saisons, vos vêtements deviendront votre seconde peau tant ils seront humides. Vos épaules se chargeront de plomb et vous ne trouverez votre salut que dans la nudité. Cette nudité qui est harmonie, naturelle, un accord avec ce qu'il y a à vivre et qui nous entoure.

Durant l’hivernage, un déluge d'eau chaude tombera brutalement sur vous, vous trempant jusqu’aux os. Peu importe. Vous sècherez si vite et de fines flammeroles de vapeur s’envoleront en s’évaporant  de vos vêtements. Mais vous l'aurez tellement attendu cette pluie, elle sera devenue si salvatrice, que vous n'aurez qu'une envie, rester dessous, écarter les bras et tendre votre visage vers le ciel, en avaler chaque goutte comme si elle était la dernière. Vous vous moquerez bien d’être trempé parce que là encore, grande sera la tentation de vous déshabiller pour que chaque parcelle de votre corps bénéficie de votre source.

Vous ne serez jamais seul en Afrique. Même au milieu de nulle part, surgiront des enfants qui vous regarderont comme si vous arriviez d'une autre planète. Votre peau est si blanche, vos cheveux si différents, votre langage si incompréhensible. Ils voudront vous toucher comme pour être sûrs que vous êtes bien fait de chair et de sang. Les plus hardis dans la bande vous parleront et vous ne les comprendrez pas. Sauf si vous avez appris à lire dans leurs yeux et dans leurs sourires. Si vous vous laissez approcher alors grandes seront vos joies. Car, contre vous, ils viendront se blottir, parfois si petits, si fragiles. Ou ils vous feront danser, riant aux éclats de votre danse si guindée. Et les perles de leurs rires dégoulineront sur vous comme les gouttes de la pluie. Plus jamais, vous ne vous en rassasierez.

Autant que les enfants, les adultes seront curieux de vous. Il vous faudra apprendre à respecter et recevoir les salutations, l’accueil infiniment chaleureux que vous sera prodigué à chaque rencontre. Ne perdez pas patience, prenez le temps de répondre. Qu’on vienne vous offrir un poulet ou un thé, vous le partagerez. Car rien ne se fait sans partage et ceux qui l’oublient finissent par se perdre dans l’indifférence la plus totale.

Sauriez-vous déguster les plats qu’on vous propose avec les doigts ? Attention, ne vous trompez pas de main ! Croyez-vous que Dieu nous ait donné un pouce, une pince donc, sans raison ? Et alors, où est le mal ! Sans doute aurez-vous quelques difficultés à former la première boulette de riz. Sans doute le jus si délicieux mais un peu gras, coulera-t-il le long de votre bras. Sans doute ferez-vous rire à vos dépends. Et alors ?!! Riez de vous et profitez de ce moment extraordinaire qui vous est donné de partager ce repas à nulle autre pareil parce qu’offert avec le cœur. Le thé sera un moment magique. Fort et sucré, odorant, jus après jus, il vous deviendra indispensable. 
 
Le temps. Ah le temps !!! Il ne compte pas. Ce n’est pas le temps qui s’est élargit, c’est votre esprit rétrécit qui n’en prenait plus la mesure. Les minutes s’allongeront, vos pas devront ralentir, vos mains ne pas se dérober et rester enveloppées des leurs autant qu’il sera nécessaire. Sur ma terre, on n’a pas encore peur de se toucher. Régler votre métronome intérieur ne sera pas suffisant. Vous devrez aussi régler votre odorat et oublier votre univers sans odeur. Forte ou douce, amère ou sucrée, bonne ou mauvaise, l’odeur est partout. Elle monte de la terre, elle émane des hommes, elle vient des épices, des fleurs, du poisson séché, des fourneaux où se prépare un repas, de la latérite après la pluie. Elle vous assaillera de partout. Laissez là vous envahir. Redécouvrez le bonheur de sentir. Dégustez là comme un grand vin et vous en discernerez les origines multiples et souvent subtiles.

Cependant, prenez garde de ne pas vous leurrez d’exotisme, de la carte postale du club de vacance. Les humains aux humains ressemblent. Il y a de la colère, une force que vous ne ferez qu’effleurer, une violence parfois inouïe mais qui n’est que celle de la lutte pour survivre. Ce n’est pas vous qui maîtriserez la situation. Elle vous échappera à la seconde même où vous pensez la tenir. D’un mot, d’un geste maladroit, vous pourrez la voir déraper. Il vous faudra redevenir enfant pour tout réapprendre des codes, des signes, de l’humilité, du respect de l’essentiel. Vous reprioriser en somme …

En ça, elle n’est pas différente des autres terres encore résistantes à un mode de vie aseptisé, fermé, schizophrène, aveuglé par la réussite et l’argent, vicié par la jalousie, souillé par l’oubli de tous ceux qu’il laisse sur le bord de la route. Vous n’entrez pas dans le moyen âge, c’est vous qui en venez !

Un jour que l’on me demandait pourquoi un tel attachement, je me souviens d’avoir emprunté ces mots tant ils me semblaient miens : « Depuis que je suis ici, j’ai l’impression inédite et troublante, d’être enfin arrivée quelque part. Cela ressemble à cet exaltant sentiment d’appartenance qu’on ressent parfois à l’écoute d’un disque, quand les notes trouvent en nous la résonance idéale, à la lecture d’un livre quand l’écrivain, en une phrase bien torchée, traduit exactement une pensée diffuse en nous depuis longtemps, ou au milieu de gens qui partagent notre rire …qui le partagent vraiment. Et parce que je retrouve une notion de bordel que l’Europe a perdu depuis longtemps »

Cette écri-pas-vaine avait rajouté  « Quelle est donc cette terre qui ne laisse personne la quitter indemne ? Qu’a-t-elle de si exceptionnel pour qu’on ne puisse s’empêcher, en s’éloignant, de jeter des coups d’œil furtifs derrière soi, comme si l’on avait perdu quelque chose d’essentiel ? »

Surtout ce que vous devez savoir, c'est que ce n'est pas de vous que dépendra cet amour. C’est Elle qui décidera de vous aimer ou pas ….

Dimanche 18 juin 2006
- OK … j’ai pas été cool avec toi. C’est bon, je le reconnais. Ca te va ? … Oh ! Tu m’écoutes un peu ? P’tain, quelle tête de lard !!! Mais vous le croyez ça ? J’arrive et je trouve la porte fermée. Pour une fois que je  me déplace en personne. Bon. Je vais me taper un cul dans les géraniums et je vais l’attendre. Tiens, ils ont été arrosés ses géraniums. Elle sera contente. Si vous saviez comme elle est chiante à propos de ses fleurs. Pas qu’à propos des fleurs remarquez mais les fleurs … pfffff …ça dépasse l’entendement ! Elle en plante partout où elle passe. Faut absolument que je lui trouve un jardinier. A eux deux, je serais sûre qu’il y aura toujours des tomates cerises à l’apéro.

Qu’est-ce que je vois ? Et alors, j'peux mater par la fenêtre, non ? Dieu est voyeuse, vous le ne saviez pas ? Cool ! Y’a un bouquet sur la table du salon. Et rudement original en plus. C’est bien, y’en a qui savent encore comment la surprendre à ma Chouchou. Ca fait deux cette semaine. Avec ce que je lui prépare dans les semaines à venir, elle va être gâtée. Mais chuuutt … si vous pouviez le garder pour vous, je trouverais ça sympa.

Au moins, je peux écouter un peu de musique en l’attendant. Je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi, j’aime bien ce qu’elle fait. Comme son blog. Oh, sûr qu'il y en a de plus intelligent mais j’crois pas que c’était son but de se la péter intello. A mon avis, elle avait juste envie de poser des mots qui fasse rêver les autres. P’tain, les autres !!! C’est une manie chez elle ! Pire que les fleurs. Si je la faisais gagner au loto, en moins de deux, elle me monterait 3 ou 4 orphelinats et je vous passe les dispensaires. Elle mettrait tout le monde à l’abri et elle finirait à poil parce que s’occuper de ses fesses, ça lui vient pas à l’idée. Sur la forme, on s’en plaint pas. Elle a un cul encore superbe à son âge !!! Ooouhhhhh … Si jamais elle m’entendais, elle me dévisserait la tête …

Alors, figurez-vous que je lui ai trouvé un nid … mummmmm … vous m’en direz des nouvelles. Je sais qu’elle aimait pas vraiment celui des nuages. Elle l’avait pas choisi. A l’époque, y’avait urgence. Tiens … J’vais vous en causer de sa conception du nid. Elle, il lui faut un nid qui parle et, comme si ça suffisait pas, il faut qu’il dise plusieurs choses à la fois. Un nid avec des volets qui protègent d’une nappe, la table où on retrouve le soleil avec la sensation de l’avoir volé et de le tenir embrassé contre soi. Des fruits qui rentrent par surprise. Des souvenirs des différents temps, empilés sur les étagères, qui nous murmurent des averses de couleurs à l’oreille. Ses fenêtres donnent sur les étoiles. Même le jour. Il n’y a que des pièces claires. Elle pense que la lumière ne doit pas faire d’efforts, qu’il suffit d’entrer pour exister.

Et la cuisine... C’est fou !! La cuisine, elle lui fait parler plusieurs langues quand elle y prépare les journées aux appétits qui courent. A l’intérieur des ronds de serviette, elle a écrit des mots secrets pour ceux qui y glisseront leur serviette. Quand la maison a faim, elle l’envoie en son milieu. Elle part faire ses courses dans les magasins de couleurs et de ses doigts dans la farine, elle vous fabrique même une 61ème minute de bonheur. Elle imprime un rythme nouveau au temps qui passe. Pour que vous ayez le temps de regarder les trésors qu’elle a mis à nu sur les murs, vous promener d’une aquarelle sans cadre aux incendies d’argenterie de ses ancêtres pour les belles tables qu’elle dresse.

Son nid se prolonge si loin qu’il vous en faudrait des minutes pour le parcourir d’un bout à l’autre, pour arriver au fond de son cœur. Certains corps pourraient avoir des surprises en entreprenant ce voyage, la main sur ses hanches, pour parvenir à l’embarcadère de son épaule.

Dès le matin, elle règle les fenêtres sur Open. Elle a besoin de liberté pour aimer le monde. Elle se récompense en tendant des cordes de piano sur ses doigts et l’air chante sur les signes des partitions. Elle a besoin de ces petits objets, s’accrocher à eux pour avoir moins peur du jour qui avance et dont elle ne sait jamais ce qu’il va toucher en elle. Elle espère qu’il va se poser sur ses lèvres en attendant l’heure où il y aura quelque chose de spécial à dire, l’heure de se poser sur des reins pour qu’ils se cambrent de musique.

Ca compte pour vous la surface ? Elle, elle s’en moque. Ce qu’elle veut, c’est une loge d’humour, vibrant des piles de feuilles d’un journal intime. Elle a confié des secrets aux meubles, pour qu’ils craquent pendant les nuits de tendresse. Même l’armoire massive est légère. A l’intérieur, ses verres de cristal se détendent, se dégourdissent et les jours de fête, ils se transforment en lampes à rivières. Son cœur bat dans ses verres. Chez elle, ce n’est pas un coffret aveugle, pas un grenier sans mémoire. Les murs sont sa conscience, qu’elle pose jour sur jour, repas de refrain après fêtes de pastel. Et parmi les souvenirs que le tapis garde pour lui, je vous dis qu’il y en a certains qui pourraient filer une bonne fièvre aux bâtisseurs, des images de matière en fusion. Vous voyez ce que je veux dire hein ? … z’êtes aussi voyeurs que moi, bande d’hypocrites !

En fait, ce qu'elle bâtit, c’est le prolongement de son corps et de son âme. Comme une éruption d’épures guérie par la poussée des pièces. Quant les pièces de sa maison se répondent les unes ou autres, on ne sera pas loin de croire qu’on est chez moi. A Eden. Si vous y allez, ne faites pas l’erreur d’arriver avec des a priori à la noix, du style c’est qu’un HLM. D’autant que le hasch, elle aime aussi … Elle était facile, je sais. C’est dimanche hein ? et le jour de repos, vous en faites quoi, vous qui passez votre temps en RTT !!! Sérieux, la combinaison de la porte est simple. Il suffit de se souvenir qu’à part une éraflure de conscience, vous entrez chez un être entier. Je connais des cons à la vue rétrécie qui l'ont commis cette erreur … Ceux-là, je vais m’en occuper personnellement et ils vont pouvoir gueuler un moment « mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ?!!! ». A moi ? rien. Mais Nom de Moi-Même, à elle ... !!!


- Ben Dieu, quesse tu fais là ? Tu parles aux géraniums maintenant ? … ben dis donc, ça s’arrange pas !  Et à voir le rouge qu’ils ont pris, je veux même pas savoir ce que tu leur racontais. Je suppose que je te sers un café ?

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


LIVRE D'OR 

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