Lundi 29 mai 2006

Lorsque tu es rentré, il subsistait dans tes yeux quelques cunimbs, vestiges d’une mauvaise journée. Mon prévisionniste météo intérieur me conseille de revêtir mon plus bel azur pour t’amener découvrir ailleurs une collerette de nuage, celle de la jouissance qui voilera ton regard.

Le moment est idéal, la soirée douce. De ces soirées où il fait si bon piloter aux fesses. De ces soirées où je veux être ton Mermoz. L’espace d’une seconde, petite check-list d’urgence. Mes bras autour de ton cou, ma bouche sur la tienne, mon corps fait la prévol. Tous les indicateurs sont dans le vert et le ciel de tes yeux devient bleu. Sur la piste du canapé, je t’allonge, roulant doucement tes mamelons entre mes lèvres. Tu me susurres une autorisation de décollage. Les boutons de ton d’jean ne résistent ni à mon habileté, ni à mon sang froid. Je peux, d’une main sûre, pousser la manette de gaz et t’amener à V1 sans incident. Faire glisser ton pantalon, découvrir tes cuisses, les embrasser pour remonter vers un Ralph Lauren qui ne peut plus dissimuler une vive poussée des réacteurs. Je t’effleure, prenant garde de ne pas déclarer un feu moteur qui m’obligerait à utiliser les reverses …. tout va bien ...ton corps répond comme la superbe mécanique qu'il est ... La prison Lauren ne retient plus prisonnier le manche dont mes mains se sont emparés ... Te voilà en V2 ...Ta tête se renverse et tes doigts se crispent sur le velours des coussins. J’efface la piste de mes doigts, mise en montée de ma bouche. Tu te moques des procédures anti-bruit. Pas question de mettre en danger un aussi beau décollage …

1500, 3000 pieds ... Je te marsouine des pieds à la tête. Tu te cambres. Le couloir mal pavé que j’ai choisi de suivre fait ruisseler les premières gouttes de rosée. Ta bouche cherche la mienne. L’altitude de croisière ne te convient pas. Tu veux monter encore. Plus haut, plus loin. M’y entraîner. Je décrabe en douceur et vient napper d’humidité un bouilleur qui n’attend que ça. Lentement, je prends possession de toi. Je t’absorbe, m'empale, te dévore de mes muscles. Je te morpionne de tous mes sens. Tes coups de reins se font profonds et tes râles annoncent une zone de turbulence où tu refuses de rentrer seul. Tu nous veux ensemble en approche finale. Agrippé à mes hanches, tu tangues comme un coucou pris dans une tourmente. Tu me cries ton attente. Je cède, je ploie, je m’offre, tu te donnes, je te reçois.

Les pulsions que je ressens au plus profond de moi présage un Beethoven. Je mets du pied et je sors la ferraille. Kiss landing de ton corps qui s’apaise. Avec précaution, je te guide par un long baiser vers le taxiway jusqu’à ce que tu atteignes le point final d’immobilisation.

Ton regard s’ouvre sur le mien. Tu me souris. Je t’Aime.

 

 

Petit lexique à l’attention des terre à terre

Cunimbs : j’ai surpris des éclairs égrillards … cumulo nimbus bananneessss
Piloter aux fesses
 : piloter à l’aise
Mermoz
 : pilote
V1 et V2
 : deux niveaux de vitesses successifs à atteindre pour décoller
Marsouiner
 : voler en faisant des ondulations
Mal pavé
 : turbulences en vol
Décraber
 : rectifier une dérive de l’appareil
Napper
: renverser de la sauce sur un passager (expression de cabine)
Bouilleur
 : réacteur
Morpionner
 : soigner la procédure d’atterrissage
Beethoven
 : rebondir 4 fois à l’atterrissage … pom pom pom pooooommmmm
Mettre du pied
 : rétablir l’équilibre
Sortir la ferraille
 : sortir les volets

 

 

Dimanche 28 mai 2006
Pour ce voyage, je me ferais musique. Voyage au fond de Moi. Au  bout de Toi. Devenir « des notes qui s’aiment » …  Te prendre par la main et revisiter ta peau comme une profession de foi. Mes mains s’installent sur elle comme autant de sonorités étranges et graves. Sur la plaine douloureuse de ton corps, elles se font soprano pour exaucer tes prières … Exaudi orationem mean … Mes doigts caressent ton sourire un peu triste, mes yeux dans ton regard ouvrent les portes de l’inaudible.

Ecoute moi t’aimer du bout des lèvres. Laisse les fuguer au gré de leur Kyrie qui virevolte le long de tes épaules. Elles courent de tes hanches à ta poitrine. Elles sentent le martèlement de ton cœur qu’elles soutiennent de leur chanson muette. N’aie crainte. Mon Dies Irae ne sera pas jour de colère. A cette minute, il se veut sortilège de la nuit.

Etendu contre moi, les yeux fermés, tu te laisses bercer par ce livret que je revisite pour toi. Dans ce moment d’absolu, humble, suppliante, je déroule la soie de mon corps autour de toi ... Recordare … être ton hymne …lentement, mélanger flammes et consolation pour que perle une goutte de ton désir. Ma langue la récolte dans un Lacrymosa plein de mystère. La tension de ton corps, le creux de tes reins esquissent un plaisir que je ne laisserai pas inachevé. Mes mains, ma bouche veulent être sonorités à venir, couleurs de ténèbre, voix soliste et solo déchirant.

Caresse après caresse, je te soutire des gémissements en Ré majeur … De l’Offertoire à l'Agnus Dei, je t’approche plus près des cieux. Libera eas de ore leonis … la Femme-Lionne ne te délivre pas. Pas encore …Les mers humides de ma bouche te font dériver, la course de ma langue t’amène au bord de l’abîme. Tu me supplies de te donner le repos. Tu veux quitter la terre. La confondre avec le ciel.

Lux Aeterna, je luis pour toi. L’éclat de tes yeux me parle d’invisible, de cette lame de fond qui te ravage et va déferler sur les rivages de mes seins. Je la veux puissante, sauvage. Elle va te traverser. Elle emporte ton âme au rythme de mes mains. Je te délivre enfin de tes tourments. Tu baignes déjà dans l’ivresse de mon Libera Me. La lumière transperce l’arc en ciel de ton corps et dans un cri de jouissance extrême, tu te déverses en longues vagues blanches entre mes lèvres.

Dans le silence revenu, je te recueille doucement. Viens, mon Amour. Viens contre moi. Je te serre tendrement et ton souffle s’apaise dans mes cheveux. Tu ressuscites lentement d’un Requiem dont toi seul connaîtras mon orchestration ... Lux perpetua …

Vendredi 26 mai 2006

... durant quelques heures, pendant lesquelles mon neurone en berne et mon paréo sous le bras, je m'en vais prendre des couleurs ....

Tendresse toute particulière à ceux qui travaillent demain ......

 

Dimanche 21 mai 2006
Dans la lumière du soir qui tombe, assise sur mon tapis, j’écoute Beck qui chante en sourdine sur ma platine. Je conjugue le verbe Aimer en rêve. En silence. Je me demande ce que j’ai bien pu apprendre et retenir de ma vie. J’en fais le tour avec moins de dureté qu’il y a quelques heures. Et si je n’avais su qu’apprendre à Aimer ?

Mon esprit et les pensées qui l’agitent s’envolent. Je retrouve le visage de mon petit fiancé d’école primaire, celui des autres. La liste me paraît longue. Ai-je tant aimé ? Les ai-je tous aimés ? Pour certains, je le crois. Pour d’autres, ma foi … j’ai fait mon possible. Je m’aperçois qu’à travers eux, j’ai voyagé aussi. Pas toujours bien loin, quelques fois à peine plus loin que le coin de la rue. Rares ont été les moments pénibles. Et puis dans un rêve, on ne vit que du bon. Sinon, ça devient un cauchemar. Je me vois mal vous narrer mes cauchemars, les vôtres vous suffisent amplement.

Qu’elle est loin l’image du Prince Charmant … Descendu de son cheval, le prince. Et pas qu’un peu … et puis qu’est-ce que je ferai d’un cheval en appartement hein ? De toutes les façons, les princes sont fait pour les princesses. Ce que je ne suis pas et tant mieux, parce que si en plus du cheval, il me fallait caser les gardes du corps dans mon 75 m² … pffff … Donc, des princes, nenni … aucun … mais des hommes oui … Au fond, à bien y réfléchir, je n’ai pas de « type » d’homme. Non. Je n’ai pas pratiqué le sectarisme en amour. Grand, petit, modeste ou z’aisé, célèbre ou inconnu, tout le monde a eu sa chance. Comme au loto, au grattage et au tirage …

Il leur a suffit de mettre des papillons dans mes yeux. De me faire croire que l’espoir est plus fort que l’expérience. De faire vibrer en moi un violon. Me rendre cette fantastique envie de regoûter au parfum d’éternité. Prendre ma main pour m’emmener danser au milieu des étoiles. Devenir ma première pensée du matin et ma dernière pensée du soir.

Ceux-là appartiennent à cercle infiniment restreint. Une race d’homme à part. Pas des sous-hommes. Bien au contraire. Ces hommes pour qui, il ne suffit pas de la mettre debout, de la mettre dedans et de recommencer si nécessaire … Ces hommes pour qui l’Amour n’est pas nécessairement qu’une histoire de femme. Ces hommes qui trouvent si bon d’être désirés, si doux d’être caressés, si chaud d’être serrés dans nos bras. Ces hommes qui se donnent du dedans plus que du dehors. Ces hommes qui trouvent qu’un plat de pâtes c’est bien, pourvu qu’on soit ensemble. Ces hommes qui ne brandissent pas leur carte de crédit comme une preuve d’amour. Ces hommes qui, jour après jour, sans avoir l'air d'y toucher, fabriquent ces petits riens qui font tout. Ces hommes qui n’ont pas honte d’être fatigués, de pleurer. Ces hommes qui se contentent seulement d’être des hommes …

Ne croyez pas qu’ils soient rares. Il en faut aussi des qualités aux femmes pour les reconnaître quand elles ont la chance d’en croiser un. Cette chance, je l’ai eu. Je l’ai saisi puis lâché. Par sottise, par orgueil, par erreur, je ne sais pas trop. Par lâcheté sans doute aussi. Une chose est certaine, je ne me suis pas assez battue pour la garder.

Comme au bout du compte, il n’est jamais trop tard, même quand il est plus tard qu’on ne le pense, je peux vous dire un truc. C’est que si la vie me repasse le plat et qu'il s'en trouve un qui me dise « Viens » … je serai moins conne … je ne le laisserai pas partir seul …

Samedi 20 mai 2006

... au milieu de tant de violence ?

Certains se demandent aujourd'hui comment la possibilité d’aimer, d'être en amour  et d'être aimé peut encore apparaître dans leur vie ou germer en eux ? Comment ce phénomène si bouleversant, dont l’emprise peut changer toute une vie peut surgir et les emporter ? Pour la plupart d'entre nous, il paraît plus facile d’être aimé, recherché, de recevoir de l’amour d’un autre que d’être le sujet aimant, celui qui porte en soi un amour réel à donner.

Il y a toujours les tentations de hasard, le recours à la chance, à la bonne fortune… La croyance que l'amour va émerger d'une faille soudaine, d'une rencontre, dans la logique aveugle de l'univers… Ou encore l’apparition d’une lumière entrevue dans les yeux d'une (ou d'un) qui nous a appelé doucement de l’intérieur ! Peut-être aussi l’amour peut venir d’un mouvement secret du corps, vers un être unique à lui seul destiné, ou encore de cette attente si longue, dans laquelle nous ne nous savions pas enfermé et qui d’un seul coup se dénoue, se libère et nous projette (effaré ou émerveillé) vers cet autre si longtemps espéré.

L’amour fait alors avec nous ce qu’il fait avec tous les autres : il nous donne envie de parler, de rire, d’être heureux sans raison. Il réveille des rêves, nous pousse à nous émerveiller d’un rien, d’un tout, nous agrandit à la seule présence de l'aimé(e). Tel un caillou que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau et qui laisse autour de lui des milliers de ronds frémissants qui iront s’apaisant, l’amour nous amplifie, nous mobilise, nous inquiète et nous sécurise à la fois. Aux vents des quatre saisons, l'amour fait tourner en son nom tous les moulins de notre cœur. Car ce qui se vit par amour, se vit toujours par delà le bien et le mal.

L’amour en ce sens reste un mystère. Il est, semble-t-il de l’ordre de la révélation, même si par la suite, il relève de la création permanente qui devra l’alimenter, le renouveler chez ceux qu’il habite. Il se révèle à celui qui l'accueille et le surprend sans prévenir, sans préparation aucune. Mais il est aussi de l’ordre de la création. Pour que ce mouvement, cette énergie qui nous appelle vers l’autre puisse rester vivante, dynamique, créative. Je crois qu’il est possible d’aimer quand nous avons accepté de nous aimer, quand nous sommes dans la plénitude de nous-mêmes, quand nous ne sommes pas dans le manque et la demande, mais dans le plein à donner, à offrir et à partager. Il est possible d’aimer, quand nous sommes prêts à recevoir l’autre tel qu’il est.

Il y a une part d’inconditionnalité dans l’amour qui nous fait accepter l’imprévisible et l’inattendu, l'inconnu et le risque, l’émerveillement et le doute. Il est possible d’aimer, quand nous lâchons nos défenses, quand nous renonçons à la méfiance, quand nous ne nous enfermons pas dans la possessivité. Aimer est bien dans l’ordre du lâcher prise, car cela suppose de se laisser habiter, envahir par un sentiment sur lequel nous n’avons aucun contrôle, aucune maîtrise. C’est pour cela que pour certains, l’amour s’accompagne d’angoisses, qui ne concernent pas la fiabilité de l’autre mais la perte de contrôle, l'acceptation de l'abandon et d'un questionnement sans réponse : jusqu’où cela me mènera-t-il ?

Et dans le même temps, celui qui aime peut être réveillé, dynamisé par la découverte et le développement en lui d'une créativité insoupçonnée, de possibilités nouvelles, par l’abandon de conduites auto-destructives (telles la prise de drogue, ou la mise en danger de son existence dans des activités à risques, par des tentatives de suicide…) Il sera donc possible d’aimer, c’est-à-dire être dans le don d’amour, dans l’amour oblatif centré sur l’autre, quand nous acceptons de nous aimer. D’avoir à son propre égard de la bienveillance, du respect, une compassion chaleureuse.

L'amour est susceptible de créer une bulle d'intimité et peut-être de protection au milieu de la violence la plus violente. Il est l'un des antidotes, non pas le plus efficace, mais certainement le plus durable à la violence.

 

Jacques SALOME sur son blog "Passeur de Vie"

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


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