Samedi 29 avril 2006

Djarabi,

Hier soir, après vous avoir écrit, l’envie de vous endormir dans mes bras est devenue trop forte. Comme si ma vie en dépendait. Il était tard et je savais que j’allais vous réveiller. Ils diront que je ne suis qu’un sauvage et à vous aimer tant, peut-être vais-je finir par le devenir … Quand votre voix encore pleine de vos rêves a chuchoté un bonsoir ensommeillé, je me suis senti envahi par une immense tendresse. L’envie de sentir votre tête se blottir dans mon cou était si intense que je pouvais sentir le parfum de vos cheveux.  

La place que vous tenez dans mon cœur, votre présence invisible dans toutes les pièces de la maison, parfois même assise sur mon fauteuil, votre odeur gravée dans mes draps. Il me fallait vous le redire encore et toujours. Et aussi, autant que vous le sachiez, la jalousie qui souvent me tenaille lorsque je pense à ceux qui vous côtoient chaque jour et surtout à celui qui … enfin vous savez … « S’il revenait, je ne suis pas sûre de pouvoir lui dire non ». Vous souvenez-vous de ces mots que votre franchise vous a intimé de me dire ? C’est à chaque fois qu’elle me revient, une pointe de feu dans mes entrailles. Alors, je vous ai torturé. Lâchement. Avec mes questions d’homme. D’homme jaloux, idiot et presque agressif à force de souffrance. Vous pousser dans vos derniers retranchements, vous que je sais si fatiguée à devoir vous battre sur tous les fronts. Pour les autres et si rarement pour vous-même.

Alors ma Lionne, cette nuit, je vous ai supplié de vous battre enfin pour vous. Pour nous. Dans un souffle, vous m’avez avoué qu’il avait appelé et que malgré ses prières, vous n’aviez pas cédé, convaincue que vous étiez qu’il répèterait ses erreurs à l’infini, ne se souciant ni de vos sentiments, ni de vos efforts à reconstruire. Que vous attendiez un peu pour m’en parler. Etre sûre de ne pas chanceler face aux souvenirs. Djarabi, ces souvenirs ne me font pas peur. Par ma présence jamais démentie, vous saurez les ranger au creux de votre « mémoire seconde » dont vous parlez en riant. Puis, à chaque seconde de nous, j’en modèlerai de nouveaux.  

Alors, ce matin, j’ai réservé mon vol. Je peux bien m’offrir quelques jours de repos aussi n’est-ce pas ? Et ma mère réclame ma présence depuis si longtemps. Voilà deux bonnes raisons contre lesquelles vous ne pouvez rien. Et inutile d’essayer de m’en empêcher cette fois encore, oui … je viens pour vous. Je viens vous chercher, respirer enfin votre vie et arracher les derniers fils qui vous retiennent à cet airial à jamais englouti par les chênes. Je vous aime, Djarabi et si je ne vous le dis pas en face très vite, je vais me dessécher plus sûrement que les broussailles dans l’Harmattan …

Quant à la question qui me brûle les lèvres, vous savez qu’elle ne repose pas sur de vaines promesses ou de faux serments. Pour vous en convaincre, je dépose sur vos lèvres qui me hantent, le plus long et le plus doux des baisers.

A dans quelques jours
,
Camara


  Merci Jenny de ton autorisation de publier ici
ce dessin qui nous a percuté l'âme Camara et moi

Jeudi 27 avril 2006

Ma lionne, ma pianiste

Je vais être plus prudent la prochaine fois que votre sœur m’invitera à prendre un verre …Elle me soutire des confidences … qu’elle vous livre sans vergogne …. Mais qu’importe, que peut-elle vous apprendre que je ne vous ai pas déjà dit ? Que peut-elle vous révéler de moi que vous ne sachiez déjà ? Car vous savez déjà tout n’est-ce pas ? Il n’est nul besoin de vous parler. Lorsque vous plantez votre regard dans le mien, je le sens me transpercer jusqu’à l’âme … que je mets à nu pour vous … Et ce petit mouvement de tête, quand vous la penchez à la mode d’un oiseau, signe que vous écoutez intensément. Avec votre cœur.

Savez-vous, Diablesse, que le moment magique que vous m’avez offert hier soir m’a empêché de trouver le sommeil une grande partie de la nuit ? Cette valse, votre main dans la mienne et le Yin et le Yang qui m’éclatent au visage. Le tournoiement dans lequel vous m’entraînez n’a pas cessé au matin et je me suis retrouvé étourdi, ébloui … mais seul …. Comment vous convaincre que ce que je vous offre n’est pas éphémère, que ce n’est pas de déjà vu ou de déjà vécu que je veux vous entourer ? Le temps a été long de nous trouver. Il sera encore long à nous vivre. Je vous veux vous, l’Unique, une Seule, mon Essentielle.  Je ne vous promets pas que chaque jour sera facile. Ici comme en métropole, il arrive que la bêtise humaine fasse mal. Mais, avons-nous un seul jour de notre vie choisi le chemin le plus simple ? N’avons-nous pas toujours fait le choix de la vie tout simplement ?

Cette vie, je veux venir la prendre contre vous. Dans la chaleur de vos bras, dans la soie de votre corps, dans votre rire. Je veux chasser les lueurs de tristesse que je vois dans vos yeux parfois. Je suis sûr que je fais le tour de votre taille de mes deux mains !!! Voilà … le vert de vos prunelles pétille à nouveau … Quand il pétille comme ça, je sais que vos pensées s’encanaillent !!! Et si je vous embrasse comme j’en meurs de désir, ces pensées risquent de prendre forme … et ce sera encore une nuit sans sommeil … pour l’un comme pour l’autre !

Venez, le soleil se couche dans ma chambre et ses dernières lueurs réchauffent les draps. Venez, ce soir, c’est moi qui vous entraîne dans ma danse


Votre
Camara

Mercredi 26 avril 2006

Djarabi ... Vous m’avez mise en joie savez-vous, en m’appelant comme ça. Et c’est moins la chaleur que vous y avez mise que votre sourire quand vous l’avez prononcé. Puis, j’ai repensé au piano. A la grande pièce dont les baies vitrées ouvrent sur le jardin. Comment je le sais ? Rappelez-vous, vous m’avez envoyé cette photo de vous, assis dans ce fameux fauteuil. Et lorsque nous nous connectons, je peux visiter la maison. Enfin, au moins le salon.

J’ai appris que vous dansez la valse à merveille … inutile de vous récrier, cela vous apprendra à faire des confidences à ma sœur … alors, j’ai voulu en jouer une pour que vous m’invitiez à danser. Au milieu du salon. Cette valse de Brahms, « Pensée constante », Isadora Duncan la dansait en laissant échapper des pétales de rose de ses mains … Nous ne laisserons pas tomber des pétales de rose mais nous saurons accorder nos pas glissés pour qu’ils deviennent ceux des félins. Entre votre main et la mienne, le bord de ma jupe pour qu’elle ne traîne pas sur le sol. Ainsi, elle fera écran entre nous et le reste du monde. La musique, tour à tour poétique, lascive, provocante, torride, nous entraînera dans une flânerie où je recréerai pour vous l’érotisme subtil de nos rêves.

Je vous laisse l’écouter. Je vous laisse m’écouter. Si l'enregistrement n'est pas très bon, je sais par avance que vous me pardonnerez, nos petits conservatoires de province ne sont pas tous équipés de façon moderne. Mais peu importe n'est-ce pas, au moins est-ce pour vous que mes doigts auront caressé le clavier.

Serrez-moi fort et c’est ma tête contre votre poitrine que je m’endormirai.

Votre Djarabi

 

 

 

Mercredi 26 avril 2006
   Ma Lionne,

Il fait doux ce soir. Je suis assis sur la terrasse, mon café à la main. La nuit qui vient de tomber sur la Presqu ’île a ramené la fraîcheur du vent. Nous avons eu la première pluie des mangues. Oh … elle a été bien fine mais en brousse, la latérite a en gardé précieusement les quelques gouttes. Ici, au cœur de la ville, elle est passée inaperçue. Quelques affaires sans grand intérêt en ce moment au Palais. Je peux donc tout à loisir, vous consacrer mes pensées. Et d’avoir ainsi pensé à vous à chaque minute, si tendre, si douce, m’a rendu insoutenable le vide de la maison lorsque je suis rentré. Est-ce votre cri qui, déchirant mes entrailles, m’a jeté sur mon clavier pour composer votre numéro ou mon envie d’homme de se laisser bercer par votre voix si grave ?

Pendant que mon appel cheminait de pays en pays jusqu’à vous, mes yeux se posaient sur le piano dont j’ai fait l’acquisition et qui vous attend. Il dort à deux pas de mon vieux fauteuil. Je caresse parfois du bout de mes doigts son clavier d’ivoire espérant y trouver l’ombre de vos doigts. De mon rêve à la réalité, il n’a fallu que deux sonneries et je vous entendais me chuchoter un bonsoir. Il n’y avait plus d’espace, ni de temps. Il n’y a plus eu que les mots d’une journée que je vous ai racontée, parodiant ceux dont vous connaissez la fatuité, partageant avec vous les conversations à la terrasse du Café de Rome, vous donnant des nouvelles de l’une ou de l’autre. Dans vos intonations, je sentais l’urgence de votre désir à exister dans cette vie.

Puis, je vous ai parlé de mon fond d’écran, vous faisant rire, de ce rire qui a été pour moi une immense victoire. Vous enlever ce fardeau que vos épaules ne peuvent plus porter seules. Je vous en conjure ma Lionne, acceptez ce partage. Je comprends, je connais la fierté qui est la votre. Mais ce n’est pas perdre votre dignité que de laisser mon amour en prendre sa part. Vous m’avez laissé parler, vous dire ce que je ressens à vous lire, vous caresser de mes mots d’amour et de désir. Celui de vous serrer contre moi et de ne plus jamais vous laisser repartir. La peur qu’en vous serrant trop fort, je vais abîmer la porcelaine de votre corps. Vous étouffer des baisers qui me brûlent depuis si longtemps. Vous aimer face à cet océan qui vous fascine, vous aimer tant que le cri qui jaillira ne sera plus jamais douleur. Il m’importe peu que l’on me traite de sauvage, car j’en deviendrais un si l’idée imbécile venait à certains de vous refaire souffrir.

Je vous ai dit tout cela et je sais que vous l’avez entendu. Je sais tous vos silences. Je vous ai appris par cœur. Et vous avez souri. Et dans l’écran qui s’éclairait, j’ai lu toute la tendresse de votre regard. Dans vos yeux, il y avait tant de promesses que j’en suis resté ébloui. Je sais qu’il vous faudra encore du temps pour les tenir mais votre avion est déjà annoncé et vous savez que vous prendrez un aller simple. Ce jour-là, sur le tarmac de Yoff, Djarabi, ce sera moi qui vous attendrai.

Nous avons raccroché doucement. Et depuis, je suis assis là, à rêver de ma Lionne en regardant les avions virer au-dessus des Mamelles.

Votre Camara
Mardi 25 avril 2006

Monsieur Vous,

Si je me pixellise sur votre écran, j’ose espérer qu’il s’agit d’un écran haute définition !!!! C’est le moins que puisse accepter une reine pour s’afficher … Mais quelle image de moi avez-vous encore placé en fond d’écran ? A l’éclair fugace qui vient de s’allumer derrière vos lunettes cerclées d’or, il me semble le savoir … C’est vrai que je vous trouve superbe déguisé en avocat …S’il m’était donné d’assister à vos plaidoiries, je me demande ce qui me subjuguerait le plus en vous, vos mains ou ce qui se passe sous votre robe ! Je vous ai encadré de verre où le soleil vient se prendre le soir, lorsqu’il inonde mon bureau. Vous resplendissez alors de mille feux. Je pose ma tête dans mes mains et je vous regarde. Silhouette d’ébène qui paraît si grande et qui dans un vaste mouvement de manche, semble vouloir prendre le monde à témoin de sa passion. Je reconnais en vous la fierté de l’homme complet que vous êtes et j’entends en rêve votre voix grave et assurée.

Cette voix qui me parle parfois le soir quand, assis dans le grand fauteuil de votre véranda, vous souhaitez me faire partager un coucher de soleil sur l’île aux Serpents. Vos intonations si chaudes, si douces parviennent à mes oreilles et en fermant les yeux, je suis transportée  à vos côtés, devant l’océan incendié de ces couleurs flamboyantes. Cette Afrique que j’aime de toute mon âme, vous me l’offrez au travers de vos lettres ou de vos appels. Elle me pénètre de toutes ses musiques, de ces mélopées que des vieux sans âge balbutient au pied de l’arbre à palabre, de cette chaleur qui colle nos corps d’une moiteur parfois insoutenable, de cet air qui vibre en vagues palpables et de ce silence qui jamais ne règne la nuit.

Monsieur, quel mal me fait cet éloignement quand dans les moments gris, je perds la vue. Mes images s’effacent et je vous cherche à tâtons. Ces moments, où il en faudrait si peu pour que je me précipite vers vos bras. Pour que vos yeux voient pour moi, que vos mains retrouvent ma mémoire, que votre bouche me désaltère et qu’enfin mon errance cesse. Et toujours, comme si mon cri silencieux avait résonné en vous par delà le Rocher, l’Atlas et le Fleuve, votre voix vient me montrer le chemin qu’il me faut suivre pour retrouver la paix.

Alors, je sais que je peux m’allonger contre vous et que dans la nuit qui nous enserre, nous devenons enfin Yin et Yang, enchâssés l’un dans l’autre. Un instant qui se figera dans sa course pour que le temps nous contemple.

Mes pensées s'envolent loin et Vous rejoignent …

 A jamais votre Lionne

 

 

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


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