Dimanche 25 mars 2007

Un dimanche banal dans la vie d’une femme ordinaire. Je m’interroge, je questionne, je tente de faire le vide avant de reprendre le collier d’une semaine qui sera intense, une fois encore. J’ai parcouru les blogs que j’apprécie, mots ou images. Dans chacun, je retrouve un morceau du puzzle. Un morceau de la vie que j’ai eu ou de celle que j’aurais pu avoir. Qui ne s’est pas interrogé à l’automne de sa vie ? Qui n’a pas à un moment ou à un autre, regretté des actes ou des décisions ? A part bien sûr les adeptes d’un monde interdit de doutes et infaillible comme je l’ai évoqué dans un Ailleurs où j’aime promener mon neurone.

Et puis, la prescience de ce que cela aurait pu être. Des mots, des gestes qui remontent à la surface. La tentation est grande de vouloir faire machine arrière mais nous n’avons pas ce pouvoir LA !!! Non, aucun d’entre nous ! Il nous faut assumer des années durant, une éducation, les traces d’un passé que rien n’efface, une route qu’on a choisi ou qu’on a subi. Le pouvoir de la pensée sur nos actes !!! Oh, je ne suis pas plus Shakespearienne qu’une autre mais Etre ou ne pas Etre, avouez que parfois, c’est lourd ! Pourquoi ai-je privilégié l’action à la réflexion et réciproquement ? Les circonstances sans doute. Tout est écrit et je persiste à penser que notre marge de manœuvre, pour étroite qu’elle soit, n’en est pas moins notre.

Mais en ce dimanche banal d’une femme ordinaire, dans mon T3 minimaliste mais que j’aime bien plus que les centaines de mètres carrés qui furent miens dans une autre vie, je me dis que nous les Séniors comme ils disent, nous en avons encore sous le pied ! Bien sûr, nous ne referons pas le monde. C’est une option  qui n’a pas été proposée à ma « demie génération ». Entre une révolution de pavé et le triomphe des moutons, nous n’avons pas su nous imposer. Nous avons endossé des pardessus bien trop étroits, coincés que nous étions entre les valeurs qu’il nous fallait respecter et les rêves que nous avons piétinés. Mais aujourd’hui, la donne est différente. Les valeurs, nous les avons aussi défendues, inculquées, transmises. Elles ont été contestées et c’est le signe de bonne santé d’une jeunesse qui réfléchit et ne reste pas enfermée. Nous avons plus appris de nos enfants que de nos parents dont nous ne sommes que le prolongement.

Non, je ne referais pas le chemin à l’envers, la technologie n’est pas encore assez avancée et je ne suis pas sûre que j’aimerais le faire si cela était le cas. Je ne regarde que devant et les années qui me restent à flamboyer. Je me refuse à les vivre dans l’acceptation de l’ombre et du renoncement. Si le monde du travail sait me donner une autre chance, alors pourquoi ma vie ne le ferait-elle pas aussi ? Il me suffira d’être au rendez-vous. Ce sera autre chose, chemin plus de sable que de cailloux, bonheur teinté de sagesse, plaisir de recommencer sans pression de gagner, sérénité d’aller au bout dans la lumière d’un regard, certitude de ne pas avoir tout raté …. Parce qu’on ne peut pas TOUT rater … Je vous le dis en conscience, vous mes frères et mes sœurs d’infortune, il y a en nous tellement plus à vivre que ce que nous avons dû étouffer ! Les carcans, les garde-fous, les obligations qui sont nôtres depuis si longtemps, qu’importe le temps qu’il nous faudra pour les changer, il suffit que nous sachions que nous pouvons le faire. Nous avons encore tant de minutes à illuminer, tant d’envies à partager, tant de bonheur à offrir. Il y a encore tant de passion en nous, nous qui existons, nous sommes NOUS, entités carbone indivisibles. Ceux qui se refusent à le voir, qui s’enracinent dans l’immobilisme de leur univers social et moral, l’apprendront tôt ou tard … à leurs dépends je le crains … mais j’ai passé l’âge de m’excuser et surtout de les plaindre. Nous avons tous au moins une  chance. Je n’ai plus d’indulgence pour ceux qui ne savent pas la saisir. Ma réserve de tolérance à leur égard est épuisée ... 

Car enfin, voyez-vous, j’ai eu si souvent l’envie de sauter du train et pourtant, je suis toujours dans le wagon à me demander si mon billet est valable. C’est un sentiment diffus, encore difficilement palpable. Une chose est sûre, je n’ai plus le prétexte de l’innocence depuis longtemps alors, plutôt que d’osciller à outrance entre Zola et Kafka, j’opte pour demain et son pouvoir d’incertitude et de rébellion. Pour qu’en me levant, je puisse sourire et me dire j’Aime … et putain que c’est bon …

Samedi 24 mars 2007

Laissez le fichier se télécharger (un peu long je sais, chui pô technicienne !), passez en plein écran c'est plus sympa et remontons le temps ensemble

Histoire sans parole ou Chouchou telle qu'en elle-même


Un peu égocentrique comme post mais après tout, je fais ça que je veux non ?


 

Jeudi 22 mars 2007

L’avion s’est posé sur la piste brûlante. Par le hublot, j’ai retrouvé les Mamelles encore tâchées de vert, rares vestiges des pluies d’hivernage. Un taxi-brousse m’attend et Lamine qui le conduit me sourit en me regardant passer la douane. On se connaît depuis si longtemps lui et moi. On a tellement partagé de pistes, de brousse, de rires et aussi de pleurs. Je pars directement au village. Dans sa grande maison des Almadies, ma sœur comprendra que je ne vienne pas à elle tout de suite. Elle sait pourquoi je suis venue, ce que je fuis et dont j’ai besoin pour me retrouver.

Des heures durant, la vieille 504 break avale le bitume, puis la piste, la tôle ondulée qui nous broie les reins et les essieux et au travers des petites vagues de chaleur qui se forment dans l’air du midi, je distingue les premiers toits des cases. Les baobabs ont gardé quelques feuilles et leurs fruits promettent des délices aux singes. Je suis chez moi ... enfin ! Le Chef du village s’avance. Il doit être le premier à saluer sa cinquième épouse. Derrière les longues salutations, il y a l’émotion, la joie et tous ces mots qui ne se prononcent pas. Il y a tant de dignité dans ce corps sans âge, vieillit prématurément par les épreuves et la dureté de la vie. Il y a le respect, de lui, de ce qu’il représente, dernier survivant d’une époque bientôt révolue, des valeurs qu’il s’entête à professer doucement, dans la bonté. Et le respect de ce que je suis, de ce que j’ai vécu et appris à leurs côtés.

Sa Première Epouse, elle, pleure. Elle a le droit que l’on donne aux femmes de montrer leurs émotions. Je retrouve ma compagne de case et de la serrer dans mes bras me redonne déjà des forces. Lamine a déchargé la voiture. Les sacs de riz, le mouton, les poulets, les yards de tissus, mon vieux sac à dos et les cartons que les douaniers de l’aéroport ont laissé passer en échange de quelques billets. C’est si peu ces quelques livres d’école, les piles de tee-shirts pour la plupart publicitaires, les crayons de couleur, les cahiers. Le champagne et les fleurs ne s’offrent pas ici. L’eau est déjà si rare. Mais il a bien « pleuvu » cette année me dit-on et le puits est plein.  Suffisamment en tout cas pour que poussent quelques pieds de tomates, d’oignons, de mil ou d’arachides.

Le soleil commence à descendre et les enfants rentrent de l’école. Malins comme les singes de la savane, ils ont déjà flairé le soir de fête et l’odeur du poulet qui grille sur le charbon de bois. Mes mômes ! Ils me mangent de leurs mains, de leurs baisers, de leurs babillages. Je dois absolument regarder les cahiers remplis de pleins et de déliés, les dessins naïfs que je vais garder comme des trésors plus inestimables que des toiles de maître. Je me nourris de leurs histoires, de leurs jeux avec mes cheveux, ces cheveux qui les attirent comme des aimants, parce qu’un vieux a dit que j’y avais capturé le soleil.

Dans la nuit qui a recouvert la brousse, pas de silence. Rien n’est jamais silencieux en Afrique, même pas l’air. Le repas est terminé, j’écoute les histoires, les palabres interminables au pied du baobab. Les enfants se sont endormis ... enfin, les plus petits. Celle que je berce n’a pas plus de quelques semaines. C’est la dernière-née. Elle tètera encore longtemps le sein de sa mère avant de commencer le voyage dans le harnais de son père. Dans la chaleur que son petit corps transmet au mien, au cœur de cette famille que je me suis choisis, dans l’amour que cette terre me rend, je peux alors autoriser mes pensées à bercer un autre enfant. Sans en souffrir. Enfin ... moins ...

Je suis redevenue femelle sauvage, femme-baobab que rien ne fera tomber, ni la sécheresse, ni l’Harmattan, ni les coups des hommes. Mes racines descendent loin et en mon sein, on y trouve à nouveau la paix ... Il me faudra retourner à ma vie d’ailleurs mais j’ai le temps. J’ai l’éternité de 3 jours devant moi.

Dimanche 18 mars 2007

Je me sens bien depuis quelques jours. Entendez par là que je me sens TRES bien. Pas le simple « ça va ». Non … comme la sensation d’avoir grandi, élargi, d’être plusieurs … Je me creuse les méninges afin d’en comprendre la raison. Ma vie n’a pas changé, mes bulles contiennent toujours autant de bonheur et de soleil mais je me sens pleine d’une énergie renouvelée, presque neuve, qui ne doit rien à la saison ou au niveau de mon compte en banque. D’où cela peut-il bien venir ? … Tu es superbe en ce moment ma Poule … C’est une amie qui m’a accueilli avec cette phrase ce matin-là. Je souris. Alors, elle me trouve quelque chose de spécial ? … Mon Amour, tu resplendis …. Lui aussi ?!!! Bon, il m’aime et il n’est pas objectif. J’ai trouvé !!!! Mes démons intérieurs se sont tus définitivement, je suis en paix … Cela ne peut venir que de là ! Je relève la tête, mes pas s’allongent et mes ans se sont envolés. P’tain que je suis bien !!!

Et puis j’ai faim … ça c’est une vraie surprise … cela fait des années que manger n’est plus pour moi une priorité. Mon corps en porte les traces. Fine ? non ! maigre … Et là, je m’épanouis, très sereinement. Du bas de mes fesses au rose de mes joues, tout en moi prend ses aises. Il faut dire que je ne fume presque plus. Un matin, ma vieille compagne mentholée a eu un goût amer et je l’ai écrasée. J’éclate dans mon jeans et mon tee-shirt affiche la santé insolente d’un 95C.

Une pensée incongrue me traverse l’esprit. Meeuuhh noonn … c’est impossible ! Pourtant … Autant en avoir le cœur net. Aller voir ma logue. Oui, dans mon agenda, à la lettre L, il y a mes Logues : pour le cœur, les yeux, la tête et elle. Elle, c’est ma spécialiste des fesses, ma gynécologue.
Tiens, te revoilà enfin. Je me demandais si j’allais devoir venir te chercher pour ton contrôle ! Mais, regardes-moi … mmm … c’est pas vraaiiii …  tu es enceinte ma Belle !! Mais avaappaaa noonnn ?????? Tu as déclaré la nursery officiellement fermée ! Ben, on peut se tromper non ? On a du confondre. Des effets secondaires de la chimio peut-être … C’est rudement moyen comme surprise ! Enfin … surprise … pas vraiment. J’ai connu ce bouleversement, j’aurais dû le reconnaître. Je n’ai tout simplement pas voulu écouter ce que mon corps me criait. Cette immensité, ce bonheur incroyable, ce bien-être formidable qui est le mien lorsque j’abrite un petit d’homme, quand je me fais navire amiral d’une étincelle de vie. Il est là, lové au plus profond de moi, au chaud, nageant dans cet océan secret que je lui ai construit inconsciemment. Un Mini Tout !

Je marche dans la rue, je travaille, la vie continue mais j’ai changé. Subtilement. Je me fais plus fluide, plus souple. Femelle, je le protège et je retrouve instinctivement ces gestes si particuliers qu’ont les femmes qui se dédoublent. Je vis intensément chaque seconde de cet état supra normal. Je fusionne. Je me sens femme … vraiment femme ! Ne riez pas … on mésestime toujours l’impact de nos ovaires sur nos neurotransmetteurs !!

Merdeee !!!! Il va falloir lui dire. Lui qui est à des années lumières de penser qu’une chose pareille puisse nous arriver. Entre l’envie qui me taraude de revivre tout ça, m’arrondir, me laisser submerger par ce bonheur, le premier rire de gorge, le premier pas, les tables de multiplication, les premiers emmerdes … Regarder cet enfant et me dire qu’il est une part de Lui, Lui que j’aime à la folie, passionnément. Et puis, revenir à la réalité. Celle implacable qui se rappelle à moi sans ménagement. Je n’ai plus 20 ans et aurais-je assez d’énergie pour cheminer seule à nouveau ? Je n’ai pas le droit de lui imposer une telle responsabilité. Je n’ai pas le droit de lui faire vivre une situation aussi inextricable. Comment lui dire ? … Comment va-t-il le prendre ? … Je tourne en rond entre bien et mal, entre pour et contre, entre tout et rien. Une seule issue « raisonnable » et elle me crucifie d’avance. L’écho et tes quelques centimètres de chair et de sang m’éclatent à la figure. Et je pleure … quelque soit ta décision, je t’accompagnerai, mais tu dois la prendre vite. En attendant, si tu as envie de parler, tu m’appelles. N’importe quel jour, n’importe quelle heure. MaGaliette plaide … Maman, c’est trop beau. Tu ne seras pas seule, je t’aiderai. A nous deux, on y arrivera

Le destin a pris la décision pour nous. Piètre consolation ! La nature a-t-elle défait ce qu’elle n’avait pas bien fait ? Ou bien cette poussière d’étoiles a-t-elle compris, dans cet espace liquide, qu’il ne lui serait pas autorisé d’y croître ? Une nuit froide, j’ai pris le chemin des urgences. Sans hâte. A quoi bon ! Je savais que les jeux étaient faits. Puis, je suis rentrée chez moi, plus vide, plus affamée de solitude que jamais et je me suis repliée sous les draps, tentant de retenir encore un peu cette présence invisible au creux de moi, haïssant Dieu, maudissant la sacro-sainte famille … Il fallait que la colère me traverse  pour que je puisse faire le deuil de ce qui n’avait pas existé …

Mon Petit Z’Hom, fleur d’interdit qui m’a grignoté les entrailles, tu n’as connu que 3 mois mais ils furent d’une tendresse infinie, d’un amour inextinguible. Tes ongles n’étaient pas assez longs pour que tu puisses te cramponner à mes parois. Tu étais déjà la vie, tu étais déjà Toi, tu te nourrissais de mes pensées et mon coeur te berçait de ses battements. Pour si peu de ton temps, nos mains se sont faites rondes autour de mon ventre pour que tu t’y blottisses. Aucun enfant inattendu n’aura été autant désiré et aimé.

En partant, tu m’as laissé à l’âme une paix que rien, ni personne ne pourra m’enlever. Comme la trace d’une espérance que l’avenir existe et j’y ai ma place.

 

Vendredi 16 mars 2007

J’ai rencontré Jean par hasard et dans un endroit parfaitement incongru pour lui, un soir d’avril. Je m’en souviens comme si c’était hier. Ce soir-là, j’étais allée dans un piano bar où j’avais mes habitudes, où je jouais même parfois, quand l’ambiance et mon humeur s’y prêtaient. Il était là, assis dans un fauteuil à siroter un verre. Il n’est que de passage, en vacances chez des amis mais, je ne savais encore rien de tout ça, juste qu’un homme inconnu, d’assez belle allure certes mais au visage fermé était installé dans MON fauteuil ! Celui qui est le plus au fond, près du bar. Celui d’où on voit tout sans être vu. Celui dans lequel je venais me cacher de temps en temps pour échapper à mon quotidien et la solitude qui me pesait un peu. D’un haussement d’épaule, le serveur me fit comprendre qu’il n’y pouvait rien. Tant pis … je rejoignais le pianiste et nous avons commencé à jouer ensemble en riant. Le bar était presque désert, alors autant en profiter pour se faire un bœuf entre copains.

Les premiers clients à arriver étaient aussi des habitués. Le cercle s’agrandit et le bœuf avec … Avec un deuxième scotch et l’euphorie aidant, j’entamais une interprétation très, très libre d’un blues de Fitzgerald. Ma voix éraillée de fumeuse et basse par nature fait plutôt merveille dans ce genre de musique. Alors que je plaquais le dernier accord, le serveur m’apporta un verre, accompagné d’un mot ... Je vous offre la bouteille pourvu que vous cessiez de chanter mais pas de jouer … Je me tournais vers l’auteur de ce billet : le voleur de fauteuil ! Forcément, à part lui, il n’y avait que nous … Je l’interpellais en riant … Envie de quel morceau ? … Gershwin. Enfin, si vous connaissez ... Ce mec nous prenait pour des ploucs ou quoi ? Je vais te montrer Pépère, si je connais Gershwin. Avec 3 whiskys et par orgueil, je pourrais te faire une bourrée auvergnate façon ragtime !  De Rapsodie in Blue à Porgy and Bess, tout y passa ! Mais il me fallut laisser la place au pianiste, les clients devenant plus nombreux, l’heure n’était plus à l’improvisation. Je me suis approchée pour lui demander s’il était satisfait, ce dont je me moquais un peu, il faut l’avouer, mais je devais le remercier pour le verre. On a de l’éducation ou on en a pas ! Sans sourire -il souriait peu- il répondit qu’il ne serait vraiment satisfait que lorsqu’il aurait mon numéro de téléphone ! J’allais répondre très fraîchement quand il se leva et m’invita à s’asseoir avec lui. Il admit qu’il était plutôt « culotté », puis nous avons parlé toute la nuit et j’ai fini par lui donner mon numéro professionnel. La prudence est-elle vraiment la mère de mes vertus ?

Le lendemain, alors que l’après-midi était bien avancée, il appela. Un restaurant en front de mer, ça me tentait ? La soirée était belle. Pourquoi pas. Mais de bonne heure car je n’avais pas de baby sitter et je ne voulais pas que ma fille se couche trop tard. A l’issue du repas, je crois avoir rangé ma prudence dans ma poche et ne pas l’avoir retrouvée … Il rentra avec moi et ne repartit pas. C’était la veille du week-end de Pâques et je devais le passer en famille. Au petit déjeuner, je me suis entendue lui proposer de m’accompagner, s’il n’avait rien de mieux à faire bien sûr ! Et lui d’accepter. Voilà … Ce fut le début d’une folie d’aimer dévastatrice.

C’est le de dimanche, à table, qu’il annonça son prochain départ à l’étranger et accessoirement précisa son poste. Un truc aux Affaires étrangères. Bah … chez nous, vous seriez le Pape que cela ne nous impressionnerait guère plus. Vous êtes le Pape ? Mazeeel Toovvv …. Et on passe à autre chose. Alors, pensez que ça ne nous a pas empêché de goûter le Bas Armagnac hors d’âge !!! Soyons clairs, il n’était pas habitué à si peu d’attention et dans ses yeux, je lus la bagarre qui se jouait entre son orgueil et la raison qui lui soufflait de rester cool. Seule à avoir saisi les implications de ce qu’il venait de dire, je gardais un silence glacé.Ca l’aurait mâché de m’en parler avant ? De toutes les façons, c’était trop tard. J’étais amoureuse !! A peine connu et j’allais déjà le perdre. Parce qu’il partait à l’autre bout du monde, parce que nous appartenions à deux mondes trop différents. Parce que dans son monde, on se baise mais on se vouvoie. Parce que dans le mien, on s’aime en riant. Bah … profitons de la journée, demain viendra bien assez vite !

Justement, demain arriva, avec la régularité de métronome que les jours ont la désagréable habitude d’avoir. Au bas de mon immeuble, il me laissa en me demandant si j’acceptais de dîner avec lui. Il avait des choses à me dire. Alléééé ma Chouchou … laisse toi faire ! Ce sera toujours ça de pris … 20 heures et nous revoilà face à face. Décidément, j’ai beau me trouver des centaines de bonnes raisons de ne pas le regretter, je savais qu’il en serait tout autrement. Cet homme me fascinait. J’étais comme un lapin pris dans les phares … Voilà, France. Je repars pour Paris demain mais je peux revenir à la fin de la semaine si tu le souhaites. Je peux même revenir chaque fin de semaine. Mais, qu’est-ce qu’il me dit là ? Ca servirait à quoi de retourner le couteau dans la plaie ? Amoureuse peut-être mais sûrement pas masochiste ! Et puis, ce serait comme avoir une liaison officielle et moi, l’officiel ça me file les jetons depuis l’échec de mon premier mariage. C’est pas ma tasse de thé, l’officiel. Tu ne me réponds pas. J’avais pourtant cru comprendre … Il insistait. Mais oui, tu as bien compris, mais tu me demandes tout, d’un coup. De m’approcher du soleil pour retrouver la nuit dans si peu de temps. Pourquoi accepterais-je un tel marché de dupe ? J’étais là, jouant distraitement avec ma salade, le cœur dans un étau. La tentation était si grande de dire oui, de ne pas se soucier de l’avenir. Un seul moment avec lui vaudrait mieux que des millions de moments sans lui. Mais je répondis non. Tout simplement. Je sais tout ce à quoi tu penses. Je t’appelle et nous en reparlons. Si tu veux. Après tout, un coup de fil ou deux ne peut pas faire plus de mal qu’un week-end.

Il n’appela qu’une fois. Pour dire qu’il était à l’aéroport et qu’il arrivait. Que si cela me faisait envie, nous pourrions aller prendre un verre au piano-bar. J’acceptais. En ouvrant la porte, en le retrouvant face à moi, il me parut si grand, si fort. Je restais sans volonté, attirée inexorablement par cet homme qui n’était pas pour moi. Tu es prête ? Je prépare un café en t’attendant … ah dis-moi … j’ai une chose à te demander. Et voilà … Il avait une chose à me demander. Mais je suis aux toilettes Nom de Zeeuuusss !! Ne peut-on pas avoir un moment de paix ?  Tu pourrais m’épouser. Qu’en penses-tu ? Tu es d’accord ? Et là, pendant une fraction de seconde, j’ai des envies de meurtre ... J’ai chaud. J’ai froid. J’ai peur … et je suis aux toilettes … Mais que pouvais-je répondre ? Je ne voulais pas être sa femme et je ne voulais pas le perdre. Ne plus être séparée de lui. Et toi qu’est-ce que tu en penses ? Quelle raison te pousse à demander à une femme presque inconnue de partager ta vie ? Je restais tétanisée puis je lui fis la seule réponse possible … je murmurais oui en tirant la chasse pour qu’il ne m’entende pas …

Nous nous sommes mariés 3 mois jour pour jour après notre première rencontre, dans la plus stricte intimité comme disent les journaux. Sur les photos, je fais le pitre. Je ris. Je suis heureuse. J’oublie que rien n’est jamais joué. Depuis cette époque, je n’ai jamais pris aucune décision importante ailleurs qu’aux toilettes. On mésestime trop la sérénité qu’on y trouve dans la solitude d’un siège à une seule place … et quand ma décision est prise, je tire la chasse …


 

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


LIVRE D'OR 

Blog : Weblogs sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus