Jeudi 28 février 2008

La sensation est étrange. Doucement, insidieusement, s’installant sans bruit … elle n’en demeure pas moins étrange. Etre comme entre deux eaux, entre deux mondes. Ne pouvoir choisir ni l’un, ni l’autre. Je me balance sur le fil de l’air comme lorsque j’étais môme, je me balançais sur le bord de ma fenêtre. Je connaissais le quart de seconde précis et le millimètre près qui me feraient basculer. Je revenais alors lentement en arrière avec l’impression héroïque d’avoir réchappé à un terrible danger. Je me grisais du courage qui m’avait amené à risquer le précipice. Courage tout relatif, ma chambre était au premier et donnait sur le toit de la véranda. Tout au plus serais-je tombée de la hauteur extraordinaire d’un petit mètre …

Et bien, c’est un peu ce que je ressens en ce moment. Cette douce et terrible sensation de me pencher jusqu’à l’extrême limite du « penchable ». La différence, c’est qu’aujourd’hui, il n’y a plus de véranda pour amortir ma chute et la nuit est bien plus noire. La lune aurait-elle perdu de son charme et de sa lumière ? Je ne crois pas … sans doute, l’inconnu me paraît-il moins attirant, moins passionnant ou moins … inconnu … Il a perdu beaucoup des attraits que j’attribuais naïvement au néant. L’apprentissage du néant est bien moins romantique qu’il n’y paraissait alors. Le jeune Werther, Phèdre, Siegfried et Goethe, ont rejoint mon panthéon le jour où ils ont dégringolé de leur piédestal.

Mais alors, qu’est-ce donc que ce sentiment diffus qui prend ses aises dans mes journées ? Je n’ai nul goût de me pencher par ma fenêtre pourtant. De toutes les façons, j’habite toujours au premier. Ma chute serait mollement amortie par le gazon. Elle ne ferait qu’amplifier mes rhumatismes et ancrer définitivement dans l’esprit de mes voisins, le fait que je suis une illuminée. Je ne sais pas … je n’en saisis pas encore l’essence … je n’en comprends ni les pourquoi, ni les comment. Je suis en transit et il est tout sauf intestinal. Le plus surprenant, c’est que ma Tanière ne m’apporte pas l’apaisement espéré et courir les rues ou les dunes avec mon appareil photo ne donne pas le change à un trouble grandissant. Il estompe mes envies, efface mes besoins, atténue mes urgences. Fort heureusement, il adoucit mes nuits. Dans l’univers du trouble, les nuits demeurent torpeur voluptueuse, irréalité sybarite, rêves floutés et réveils nuageux … voilà qui m’aidera sûrement à savoir de quoi il retourne ... on peut toujours rêver n'est-ce pas ?...


Mardi 26 février 2008

Quelle est la force qui pousse à assassiner une page vierge ? D’où vient-elle ? …. Et question lancinante : pourquoi ? Le « pour qui » est finalement secondaire. Dès qu’un texte naît, parfois dans la douleur, il ne nous appartient déjà plus. Comme un enfant, il part vivre sa vie de texte, livré à des regards inconnus dont on ne saura jamais ce qu’ils en pensent, ce qu’ils en font. Livre oublié sur l’étagère la plus haute d’une bibliothèque ou lettre de chevet que l’on caresse des yeux avant de s’endormir.

J’ai depuis longtemps abandonné la prétention d’écrire pour faire plaisir ou pour être lue. Je crois même n’avoir jamais eu cette prétention-là. J’ai écrit bien trop longtemps dans le secret des cahiers interdits pour lui laisser ne serait-ce qu’une seconde, la possibilité de s’immiscer en moi. Au bout du compte, je n’écris que ce qui a de l’intérêt à mes yeux, à un instant T, et qui n’en aura peut-être plus la minute suivante. Quand mon plaisir d’écrire rencontre celui que certains prennent à lire, alors c’est un instant de grâce. Mais cet instant n’existe qu’au détriment de toutes mes idées mortes avant que d’avoir vécues. Ces idées qui me font tant défaut quand mon esprit refuse l’obstacle de la page, quand ma plume accroche le papier et empêchent mes mots d’y couler avec fluidité. Quand ma méfiance s’éveille à l’égard de louanges par trop superficielles.

Elles sont à mes yeux les plus viles, les plus serviles, les plus pernicieuses qu’on recevra jamais. La tentation est parfois si forte d’y succomber. Qui se plie à l’exercice de style audacieux de livrer ainsi ses textes, sait à quel point il est difficile de trouver l’équilibre entre la déprédation systématique de sa propre lecture et l’autosatisfaction béate et assassine. Qui a refusé de céder à la facilité, a souvent préféré (à tout prendre) une cruauté sans faille. Comment être sûr d’éliminer toute concession à la médiocrité ? La tâche est dure. Pourtant, à mes yeux, il n’y a pas d’autre solution pour devenir un « écrivain » -ce mot me paraît tellement prétentieux- acceptable que d’affiner ma vision des choses et d’aiguiser mes mots. Ou mes phrases lacèrent ou elles embrassent les feuilles. En dehors de cet état d’esprit, pas de salut.

Ecrire, bien ou mal, n’est pas la chose facile qu’il y paraît. Il y a tant d’histoires à raconter, tant de choses à dire. Les idées courent dès que mes yeux s’ouvrent. Elles se croisent encore quand je les ferme. Sans cesse des phrases se forment et mon esprit divague sans limite, aucun domaine qui ne lui soit interdit. Je ne peux rien y faire. Cette sarabande de mots qui jaillissent m’assaille, ignorant le moment que je vis et l’endroit où je me trouve. Le plus souvent, j’en oublie la teneur mais ils reviennent en foule jusqu’à ce que je les exprime enfin. Dans mes tiroirs, des post-it, des bouts de nappe en papier déchirées, des centaines de feuilles sur lesquels on peut lire un mot, une phrase … qui cachent bien plus … qui ouvriront les vannes de ma mémoire le moment venu.

Je n’ai pas en permanence un bout de papier sur moi ou je ne suis pas toujours en situation de pouvoir écrire. En voiture, par exemple. Le moment le plus propice. Enfermée avec moi-même, je me cale dans le trafic et là … elles surgissent. Ces idées qui sont nées sous la douche ou dans ma tasse de café. Tout y passe. La politique, la vie, ceux que j’aime, mon boulot, l’amour, mes colères, mes rêves, l’avenir, le passé …  Je sais que si je ne peux pas en saisir la substance immédiatement, si je ne peux pas la transcrire dans un écrit, j’aurais du mal à les retrouver quand le calme revenu, je pourrai enfin m’asseoir et donner vie à mon stylo. Il me faut donc les « parler ». J’en suis venue à penser que je vais m’offrir un dictaphone. Pour ne pas les laisser s’évader de mon esprit à tout jamais. Retenir par la parole ce maelstrom d’idées fugaces, le temps que mes doigts le transforment en myriades de lettres.

Ce qui pousse à écrire, d’où que cela vienne, je ne sais pas. Je sais seulement que je l’ai en moi, au-delà de la matrice dans laquelle je naquis. Je me moque de savoir pourquoi et même souvent, pour qui. Je ne laisse pas de trace, je ne parle pas à la postérité … ce n’est même pas toujours moi qui écrit … ce sont mes doigts … directement reliés à mes pensées … je ne suis que le fragile équilibre d’un trait d’union. Leur faire valoir en somme … 

Samedi 23 février 2008
Fais attention à toi … ne prends pas froid … Appelle-moi en arrivant … Mots désuets … Oranges et merveilles sucrées, bien enveloppées dans une valise … Gestes simples. Cœur arraché par le vide qui approche. Larmes aux yeux et déjà le cœur à l’envers.

Je fais ces gestes. Je prononce ces mots. On me juge tellement pitoyable. Je lui donne si peu quand je crève de tout lui offrir. Jusqu’à ma vie, qui ne compte pas tant je voudrais la sienne immense. Je revois ma mère agir de même. Je me revois partant … Alors éclate en moi tout cet amour que je n’ai pas assez dit, pas assez rendu. Je la regarde … ma main s’agite sur le quai … Compte à rebours … 3  … 2 …  1 …. Impact des images  qui explosent dans ma tête … Mal … Même le soleil est froid …




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Vendredi 22 février 2008

Chouchou t’es là ? … Hey Chouchou, c’est Dieu … Chouchooouuu !!! zuuutt … elle est encore en train de courir après Je ne sais Moi-Même quelle photo à prendre …  Vous n’auriez-pas une idée par hasard ? Maintenant, si je ne le sais pas, Moi qui sait tout, ce n’est pas vous qui allez pouvoir m’aider ….

Je vais l’attendre un moment. Est-ce qu’elle a du café au moins ? Ah oui … impec … tiens, elle a refait sa cuisine ! P’tain, je m’absente un moment et au retour, je ne reconnais plus rien. Un homme ne  supporterait pas … enfin on ne va la changer maintenant heinggg (avé son assent !). Remarquez, c’est sympa les papillons qui volent sur ses murs … et les marguerites qui poussent au plafond … rrrooohhh … si elleest  kitsch la cuisine !!! Pas Schmidt du tout !!! Venez la voir, je vous jure que ça vaut le détour. Ah ! elle a mis les pilules pour chat de côté …. Hééé sans déc … elle m’a fait mourir de rire le matin où elle a avalé un contraceptif pour chatte !!!!!!!!!!! …. J’en riais tellement que je crois en avoir pleuré des rivières … ben oui, quand Dieu pleure, ça se sait … comme quand je gueule !

Bon … ailleurs rien de neuf, c’est toujours ça. A part qu’il y a de plus en plus de plantes et que les photos se rajoutent sur le mur. Un mur anglais qu’elle dit. Je n’ai jamais vu la différence entre un mur anglais et un autre mais je ne veux pas la contrarier. Elle est trop chiante quand elle fait la gueule. Oh … elle a mis une nouvelle photo de sa sœur. Je ne sais pas si vous connaissez sa frangine, une beauté d’ébène ! Comme Moi … ah … je vois que vous ne saviez pas que je suis noire. On vous apprend quoi dans vos églises ? On en parlera une autre fois. Pour en revenir à sa sœur, une splendeur de Saint-Louisienne … l’histoire et le comment du pourquoi t’est-ce possible, ce n’est pas à moi de vous le raconter. Si elle a en envie, elle est assez grande pour le faire. Vous comprenez mieux son amour de l’Afrique ? C’est dans les gènes … Bref … vous les verriez ensemble, c’est à se pisser aux culottes ! Bien sûr, ces bougresses jouent de leur différence pour s’amuser de la naïveté des gens … pensez, entre pestes, on va pas se priver …

Bon … elle tarde un peu là … j’avais un truc super important à lui dire … je vais lui laisser un mot. Ah voilà … c’est marrant cette manie qu’elle a de tout écrire sur des post-it. C’est quoi celui-là ? « 
S’asseoir sur ses genoux pour le petit déjeuner » … m’enfin ! Et celui-là … « Bouger le cul de la fée en gueille à coup de salade avec l’Inconnu Bavard » … C’est pas Moi-Même possible , elle code maintenant !!!!! Ppppffff …. Dire que j’ai créé cette nana et que je ne peux même plus pister ses messages … Je ne vais pas coder le mien, elle serait capable de le jeter en se disant que c’est un effet secondaire de la pilule pour chat !!!! Déjà qu’elle miaule … Donc …

Dans la jungle, terrible jungle
La lionne a pris un an ce soir
Et les z’homs tremblants se terrent
La lionne vieillit ce soir …


Alllééé les Chœurs !!!! Eooouuuuu   owoing o wé !!!! Quoi ? vous le saviez pas non plus ????!! Mais vous ne savez rien finalement … Heeuuu … je crois que j’ai lâché un secret de la mort qui tue. Elle va me déchiqueter l’auréole ! Nom de Moi-Même, la voilà … Salut ma Chouchooouuuuu ….

Coucou Dieu. Y’a longtemps que tu es là ? J’arrive. J’enfile mon pull et je suis à toi. Tu nous sers un café ?

Heeuuuu … j’en ai déjà pris un … un ti’punch, ça te dira pas plutôt vu l’heure ? … Hé les copains et les copines, soyez cool. Me caftez pas pour le coup de l’anniversaire. J’ai rien dit ! … vas ma Chouchou, je m’occupe de tout …

Lundi 18 février 2008

Aaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhhhhhh !!!!!!!

Avec Mort aux cons, ça marche aussi mais c'est plus risqué ... Ce post vous semble idiot ? Possible qu'il le soit. Avant de l'affirmer, sortez et crachez ce qui vous étrangle dans un seul et énorme cri. On en reparle après ...

 

Cri du lendemain chagrin
Cri du soir pas d'espoir 
Souvenirs d'un père qui oublie
Pousser la souffrance jusqu'au déni


Toi qui regardais les gens dans les yeux
Toi qui n’avais jamais peur d’être vieux
Tu me regardes … oui je pleure … un peu

Toi la lumière de mes nuits de chagrin
Tu te perds dans tes mots. Pour marcher je te tiens
Tu me regardes … oui je pleure … un peu

Tu t’envoles sans moi
Tu me laisses et m’abandonnes
Mais je suis tes pas
Tu t’envoles sans moi
Je t’appelle, ma voix résonne
Tu ne réponds pas

Je revois ton image
Je ne peux l’oublier
Tes yeux dans mon sillage
Rien ne pouvait m’arriver
Ce n’est plus comme avant ... tu sais … je sais

Je te parle de mes rêves

Te raconte mes envies
Je te parle de mes guerres
Pour qu’enfin tu souris
Je prie … je prie…

Et je pense à tous les murs d’indifférence entre nos vies
Tous ces jours où le silence dressait l’offense jusqu’au défi
Je crie ... je crie

Et je pense à tous ces murs d’indifférence entre nos vies
Il fallait qu’on se pardonne. Il fallait qu’on oublie
Je prie … je prie …


(Nourith - Taïeb)

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


LIVRE D'OR 

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