Lundi 21 avril 2008

Aime moi encore criaient les yeux remplis d’eau, suppliant, mendiant un geste, une seconde qui ne soit pas d’oubli. Ce n’est pas l’Autre qu’ils perdaient en terminant l’histoire, c’était l’espoir qui disparaissait à tout jamais. Et il est si douloureux de ne plus espérer. Si difficile de se raccrocher à la paroi lisse des nuits d’où ne monte qu’un seul souffle.

Décroche moi sonnait le téléphone sur la table oublié. Pourquoi faire répondait la voix cassée. Il paraît que le printemps est déjà là, que l’été s’approche. En se pressant, les pas pourraient encore aller  vers la lumière, celle qui réchauffe, celle qui rend vivant. Car il faut vivre, intensément, immensément, jusqu’à en mourir de joie.

Je n’ai pas choisi disait la femme sacrifiée. Fallait être la première ricanait l’autre, et puis qu’en ferais-tu de plus si tu l’avais ? La tête baissée murmurait … Je l’aimerais de toute mon âme, au creux des villes de lumière et au chaud des nuits étoilées, des symphonies de grand jour et l’oubli du vent mauvais. Je lui apprendrai le souffle du désert et les bruits de la brousse, la beauté d’un mirage et la joie d’y croire. De seconde en éternité, je construirai une vie où il existe, une vie où l’on ne meurt pas de transparence.

D’un éclat de rire moqueur, les mains balayèrent les rêves inutiles, ravageant les souvenirs et détruisant l'avenir. D’un revers arrogant, elles fermèrent l’horizon à double tour, prévenant ainsi toute nouvelle tentative d’évasion … Ppppffff … l’amour … qu'est-ce qu'elle croit ! Pour ce que ça sert …

Dimanche 20 avril 2008

Pour un rameau de jasmin blanc, la nuit a cessé
Bignone l’avions-nous pourtant pensé
Bignone allons voir si la rose
Qui ce matin chez Chouchou avait éclose
Riez comme j’ai pris tant plaisir à le faire
De la boutade qu’une fée bruyère
Me lançât, parfumant joyeusement ma journée
Comme le feraient les senteurs d’une oléacée

Rien compris ? Pas pigé ?
Il n’y a rien à comprendre
Juste quelques fleurs à suspendre
Entre soleil et tasse de café


 

Vendredi 18 avril 2008

Page blanche que mes mots enluminent. Au bout de mes doigts, une menthol se cendre et sur le bois de ma table, l’ombre d’un café fume. Compagnons fidèles, ils s’accommodent de mes pensées noirâtres. Dans le désert de ma tête, la journée s’allonge et la lumière éclaire le bureau des mots perdus. Qu’importe si mes pages assassinées ont effacé les lettres du clavier, mes empreintes resteront à tout jamais gravées dans sa peau.

Au fil du temps, j’ai brodé un cœur poignardé. D’un trait de plume, j’ai tiré des flèches empoisonnées à finir le poème, à tuer la violence, à embraser le soleil couchant. Je n’écoute plus la musique … je suis en dedans.  Arc-boutée sur un dernier espoir, je veux vivre dans le rire des enfants, dans le bruit de l’eau, dans le chant d’un geste d’amour. Je vole au secours de mon esprit en déséquilibre et le redresse d’un coup de noire pointée.

Arrière les ombres ! Vade retro les souffles humains qui hantent les trottoirs marchands aux âmes vides ! Du fond de ma tombe, je crache sur ces visages fardés dissimulant des nuits sans joie. Je ris de ces envies au goût d’argent qui s’étalent en strass vulgaire sur des appâts rances. Sortez vos morts criait-il mais regarde … ils sont déjà dehors, marchant sans but, heurtant de faux semblants des histoires qu’ils volent.

Je jette mes rêves aux faces masquées et aux rues désertes. Je me lave des retombées de poussière avec une pluie d’étoiles. Je l’ai écrit. Je le vis. Je les vois sans les regarder. Je les entends sans les écouter. Je suis au milieu de la meute mais je ne lui appartiens pas. Dans un moment de parenthèse, je me suis rangée entre guillemets. Je range trop bien les choses … je ne me trouve plus …

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L'ombre gagne ... "Nous sommes de ceux qui disent non à l'ombre. Nous savons que le salut du monde dépend de nous aussi. Que la terre a besoin de n'importe lesquels d'entre ses fils. Les plus humbles. L'ombre gagne... Ah ! tout l'espoir n'est pas de trop pour regarder le siècle en face !"  Aimé Césaire

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


LIVRE D'OR 

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