Dimanche 18 mai 2008
Elle ne l’avait pas accompagné sur le balcon et était restée à contempler son dos, apercevant, au-delà de sa silhouette, celle plus sombre de l’immeuble d’en face, trouée de rectangles de lumière. Il l’avait suivie à la cuisine tandis qu’elle préparait le café et prenait deux tasses. Au moment où, assis côté à côte sur le canapé, ils avaient fini de le boire et où il s’était incliné pour l’embrasser doucement, elle savait ce qu’il allait se passait. Ne l’avait-elle pas su dès qu’ils s’étaient retrouvés au restaurant ?

Il avait dit « Est-ce qu’il y a moyen de prendre un douche ? 
- La salle de bains est là, c’est cette porte
- Tu ne veux pas venir avec moi ?
- C’est trop petit. Vas-y d’abord.

Tout avait été tellement facile, sans angoisse ni doute, sans véritable réflexion même. A présent, allongée dans la douce lumière du matin, avec le bruit de la douche en fond sonore, elle repensa à la nuit passée dans une plaisante confusion de souvenirs et de phrases chuchotées.

- « Je croyais que tu n’aimais que les blondes évaporées.
- Elles n’étaient pas toutes évaporées »

Il s’était retourné vers elle et avait passé ses mains dans les cheveux, un geste inattendu par sa lente douceur. Elle n’avait pas été étonnée qu’il soit un amant expérimenté et habile mais elle n’avait pas prévu l’absence de complication et de tension de leur joyeuse animalité. Ils s’étaient rejoints dans le rire autant que dans le désir. Ensuite, s’étant un peu écartée de lui, entendant sa respiration et sentant la chaleur de son corps irradier vers elle, elle avait trouvé sa présence naturelle. Elle savait que cette nuit d’amour avait attaqué le noyau coriace qu’elle portait dans son coeur, un mélange de manque de confiance en soi et d’attitude défensive, auquel s’était rajouté au fil du temps, un poids supplémentaire de ressentiment et de quelques trahisons. Au cours de ces dernières années, elle avait senti un lent tarissement de l’abnégation, de l’engagement et de l’enthousiasme naïf qu’elle possédait. Désormais devenue une professionnelle compétente et estimée, elle aimait son métier et ne pensait pas être qualifiée ou apte à en exercer un autre. Mais elle avait commencé à redouter tout engagement d’ordre sentimental, elle était trop soucieuse de se protéger, s’inquiétait trop de ce que la vie pouvait apporter. A présent, allongée seule dans le lit et écoutant les bruits discrets de cet homme qui se déplaçait dans l’appartement, elle éprouvait une joie presque oubliée.

Il était temps de se lever et d’affronter les embarras du jour. Elle venait de poser un pied par terre quand son portable sonna. Elle réagit comme si c’était la première fois qu’elle l’entendait. Il sortait de la cuisine, un drap de bain autour des hanches, cafetière à la main. Elle s’exclama : « Oh flûte ! C’est bien le moment.

- C’est peut-être personnel.
- Pas sur ce téléphone-là. »

Elle tendit la main vers la table, prit l’appareil, écouta attentivement et répondit simplement « oui Monsieur » puis le reposa. Se sentant incapable de réprimer l’excitation de sa voix, elle expliqua qu’une affaire urgente la réclamait à l’usine. Cinq minutes plus tard, ils étaient habillés et prêts à partir. Elle descendit avec lui jusqu’au garage. Devant la portière de la voiture, il l’embrassa sur la joue en disant « Merci de m’avoir tenu compagnie au dîner, merci pour le petit déjeuner, merci pour tout ce qu’il y a eu entre les deux. Tu peux m’appeler. Quatre mots seront suffisants, c’est plus qu’assez s’ils sont sincères : Tu me manques, baisers. »

Elle rit mais ne répondit pas. Elle le suivit des yeux jusqu’à ce que, avec un petit coup de klaxon en guise d’au revoir, il s’engage dans la rue principale. A cet instant, une autre émotion, moins complexe, moins familière, l’envahit. Quels que fussent les problèmes qu’engendrerait cette nuit imprévue, toute réflexion à ce sujet devait être remise à plus tard. Quelque part, encore imaginé, un dossier attendait dans la froide abstraction du bureau. Trois minutes plus tard, elle engagea à son tour sa voiture dans l’allée. La journée commençait.
Vendredi 9 mai 2008

Tout d'abord, la recette des rideaux forestiers ...

Prenez une amie qui n’a peur ni du ridicule, ni de salir sa bagnole. Passez en sa compagnie des heures apaisantes à vous promener dans les bois à ramasser les branches qui vous plaisent. N’allez pas bêtement les couper, il y en a suffisamment par terre et n’oubliez pas que vos enfants aimeront peut-être faire les mêmes conneries que vous … Ignorez les sarcasmes et de retour chez vous, prenez le temps de traiter votre bois comme il le mérite. C’est une matière vivante qui demande à être bien nourrie pour être belle. Finissez au pinceau avec un fond de cire. De la bonne, celle des antiquaires et incolore tant qu’à faire, pas la peine de ramasser du pin si c’est pour le déguiser en chêne …  

Quand c’est sec, posez-les sur des gonds en laiton vieilli ou blanc doré ou comme vous voulez et accrochez vos rideaux. Comment ? A vous de voir. La déco, c’est comme la cuisine, question de tour de main. Pour une fenêtre, j’ai cousu des petits bouts de satin qui traînaient dans ma boîte à couture et pour la porte du salon, je les ai drapés autour de la branche …

Au final, vous aurez passé un week-end superbe à vous oxygéner en compagnie d’une amie, une journée à bricoler en écoutant de la musique et vous aurez ajouté de l’âme à votre intérieur. Profitez-en pour crâner devant vos potes écolos qui se fournissent en barres impersonnelles au Gifi du coin. Ah, pour ça, vous aurez dépensé la somme astronomique de 2.20 € la paire de gonds … étonnant non comme les choses simples sont celles qui nous procurent le plus de bonheur …

NDLR : Le truc qui pend, c'est du pain de singe. Pour en trouver, il faut aller en Afrique et ça, ça pourrait plomber très nettement le budget rideaux ...





Maintenant, le luminaire branchu

Pendant le même week-end génial avec votre amie, vous avez donc ramassé des branches. Puis, sur le bord de la rocade, les arbres ont été élagués. Pas des pins, sans doute des ... heuuu ... arbres (hé ! je suis pas pépiniériste). Vous n'avez pas résisté à vous arrêter en prendre. Elles sont différentes. Des branches plus feuillues que celles du pin, qui lui a des branches aiguillues. Alors vous cirez les aiguillues et vous passez les feuillues en blanc et en vert ... ou en d'autres couleurs, si vous n'aimez pas le vert. Au milieu, un porte pot rigolo qui s'ennuie dans un coin et hopopop ... on ficelle le tout au filin fin d'acier. Les moins quiches y arriveront du premier coup. Les autres font comme moi et remercient Dieu de leur avoir donné des pieds. Ca sert les pieds, quand on a les mains occupées. Bref, le bazar maléfique finit par tenir. On le pose dans un vieux cache-pot en osier (pas de regret, il fuyait). Une guirlande de Noël qu'on a oublié de ranger avec les autres, des coquillages et des cailloux pour caler le tout au pied, un pot de résinier avec un lierre dedans et voilàààààà .... Par contre, ça m'a coûté plus cher que les tringles-branches ... 5.95 € le filin fin d'acier. Il faut parfois savoir faire des sacrifices ...

Entre mes tringles-forestières et mon luminaire-branchu, plus kitsch que mon salon c'est pas possible. Sauf si je m'achète un tabouret orange fluo ...

Si vous croisez la blonde qui nous fait croire qu'on est tous des débiles avec nos intérieurs pas marouflés, dites-lui que si elle me pique mes idées sans rien dire, je lui fais bouffer les tringles, le luminaire et la prise multiple. Ca n'arrangera pas son physique mais le temps qu'elle digère, ça nous fera des vacances ...

 

 

 

Mardi 6 mai 2008
Elle fut longue la route,
Mais je l'ai faite, la route,
Celle-là, qui menait jusqu'à vous,
Et je ne suis pas parjure,
Si ce soir, je vous jure,
Que, pour vous, je l'eus faite à genoux,
Il en eut fallu bien d'autres,
Que quelques mauvais apôtres,
Que l'hiver ou la neige à mon cou,
Pour que je perde patience,
Et j'ai calmé ma violence,
Ma plus belle histoire d'amour, c'est vous ...





Ce fut, un soir, en septembre,
Vous étiez venus m'attendre,
Ici même, vous en souvenez-vous ?
A vous regarder sourire,
A vous aimer, sans rien dire,
C'est là que j'ai compris, tout à coup,
J'avais fini mon voyage,
Et j'ai posé mes bagages,
Vous étiez venus au rendez-vous,
Qu'importe ce qu'on peut en dire,
Je tenais à vous le dire,
Ce soir je vous remercie de vous,
Qu'importe ce qu'on peut en dire,


Je suis venue pour vous dire,
Ma plus belle histoire d'amour, ce sera toujours vous ...



Mercredi 30 avril 2008
Dimanche 27 avril 2008

Sans doute une transition … une période charnière comme toute vie en comporte … je ne parle pas forcément de moments lourds de questionnement existentialiste … juste l’impression que quelque chose change, qu’une modification infime mais significative de l’air a eu lieu et qu’il faut en tenir compte. On ne sait pas où tout cela va nous mener, le destin nous échappe et notre avenir, jadis si clair, se floute. Il n’y a encore qu’un frémissement … un je-ne-sais-quoi  d’indéfinissable qui s’insinue en nous … qui nous oblige à porter un regard différent sur ceux (et ce) qui nous entourent.

Est-ce la vie qui se rappelle à nous de bizarre manière ? Possible … Elle est facétieuse, la vie … A nous balader d’autoroutes en chemins vicinaux … à nous laisser croire en un long fleuve tranquille pour un soir, devenir torrent tumultueux … Il ne faut jamais négliger un souffle de vent qui enfle les rideaux. Annonciateur de bien-être ou d’orage, quelque soit le signe que l’on décide de reconnaître, il faut être à l’écoute. Prêt à assumer ses convictions, à revenir sur ses certitudes, à faire de nouveaux choix, même les plus douloureux.

Depuis quelques temps, une sensation s’incruste, de plus en plus forte. Celle d’être passée au travers de nombreuses épreuves, de l’avoir échappé belle  et de ne plus être reconnaissante.  De monter dans un train dont on ne veut pas me laisser descendre, de me contenter de regarder la vie par la fenêtre et de laisser filer le temps dangereusement vite … Et une petite phrase qui me martèle : « Tout ça pour … ça ?!!! » …

Ce blog n’est pas ma vie. Il n’est qu’un iota de ce qu’elle est, la facette virtuelle d’une réalité bien plus vaste. Qu’importe ce que j’y écris et ce que vous en lisez, il n’est qu’une parcelle infinitésimale de ce qu’il reste à découvrir. De ces moments dont vous ne verrez rien parce qu’ils sont à vivre, d’abord et avant tout. La vie est une maîtresse possessive et le virtuel doit accepter les limites qu’elle lui fixe. Celle de n’être que spectateur. Un rôle pour certains malaisé mais auquel il leur faut bien se confiner, s’il leur manque la volonté de passer de l’autre côté du miroir … ce côté d’une Femme-Lionne faite de chair et de sang, de rires et de pleurs, de doutes et de certitudes, rouge violent ou blanc laiteux … ce côté vivant et réel dans lequel j’existe pleinement et dont cet espace ne sera jamais qu’un reflet intermittent.

...

Aboli il y a 150 ans ? je n'en suis pas sûre. L'esclavage a pris des formes rampantes, bien plus insidieuses parce que légalisées. N'oubliez jamais que la haine prend parfois le visage d'un homme ordinaire qui prétendra n'avoir fait que son métier, n'avoir qu'obéi aux ordres mais qui aura lynché, torturé, assassiné ...


On peut avoir honte de son pays. Il suffit de dire qu'on est d'ailleurs. Mais que fait-on quand on a honte d'être humain ?


LIVRE D'OR 

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